Monthly Archives: juin 2020

« Les indépendants ne le sont plus vraiment, le système n’est plus au point »

Poser les limites

Au commencement, l’étude dirigée par Frédéric Naedenoen s’est penchée sur une définition des indépendants et des freelances, pour cadrer leurs activités. Mais les réalités ont évolué ces dernières années et les frontières deviennent extrêmement poreuses. « On est d’abord parti sur leur manière d’exécuter leur travail, leur autonomie, de les définir en tant que personnes sans lien d’autorité et de subordination classique. Mais on s’est vite rendu compte que ça masquait la réalité : si on se penche sur les chiffres d’Eurostat de ces 20 dernières années, on constate que l’indépendant est de moins en moins autonome et que le salarié l’est de plus en plus. »

On constate que l’indépendant est de moins en moins autonome et que le salarié l’est de plus en plus.

 Qui est qui ? Qui fait quoi ?

Ce sont notamment les missions de freelances qui changent la donne. « Il y a de plus en plus de personnes sous statut d’indépendant qui travaillent pour un unique client qui fixe les règles, et pour des tâches qui étaient avant dévolues aux salariés, comme la comptabilité, les formations, le management, … Ces freelances sont alors contraints par les règles du collectif de travail. » Les philosophies d’entreprises jouent d’ailleurs, elles aussi, un rôle important. « Parallèlement à cette évolution des freelances, il y a une tendance à vouloir libérer les salariés en entreprise pour qu’ils puissent de plus en plus décider eux-mêmes de la manière dont ils organisent leur travail, leur rythme, l’ordre des tâches, en suivant une logique d’obligation de résultats, non plus d’obligation de moyens. » Un constat qui a conduit Frédéric Naedenoen et ses équipes à se concentrer aussi sur le contenu des missions et les conditions de travail. « Il faut se demander « Est-ce que j’ai un chef qui dicte le contenu de mon travail ? » et « Est-ce que je suis autonome dans le développement de mes compétences ? » »

Vers un état providence ?

Si les différences entre les formules de travail sont assez floues sur le terrain, elles se ressentent par contre très fort en termes d’aides de l’Etat. Une marginalisation des indépendants qui s’expliquait il y a un siècle, mais qui n’a plus le même sens aujourd’hui. « Notre système s’organise toujours sur les bases établies à une époque où la relation au travail était dichotomique, la distinction entre les statuts était très claire : les indépendants étaient des chefs d’entreprises qui engageaient des salariés. Mais aujourd’hui, notamment avec le nombre de freelances qui augmente et qui sont parfois financièrement dépendants d’un seul client, le système n’est plus au point. L’Etat commence à leur garantir plus de droits, à faire en sorte qu’ils aient accès à certains avantages sociaux comme le droit passerelle, l’accès à des chômages facilité, les congés de paternité, etc. Mais avec des limites imposées par les moyens publics et avec la peur de trop en faire, de ne plus pouvoir gérer les mannes financières. Les politiques doivent trouver le moyen de protéger les gens sans se passer la corde au cou. Alors, oui, il y a des améliorations, on inclut de plus en plus les indépendants dans des mesures de protection, mais leurs avantages et leurs droits sociaux restent beaucoup plus faibles que ceux des salariés. »

Oui, il y a des améliorations, on inclut de plus en plus les indépendants dans des mesures de protection, mais leurs avantages et leurs droits sociaux restent beaucoup plus faibles que ceux des salariés.

Un appel que Frédéric Naedenoen a lancé aux autorités wallonnes en leur transmettant ses derniers rapports. Si l’accueil a été favorable avant les élections, le gouvernement en place aujourd’hui n’a pas encore donné suite. « Je pense qu’ils sont intéressés, mais force est de constater qu’on propose des choses difficiles à adapter en programme politique… » 

Le revenu universel

Face à ces constats, Frédéric Naedenoen ose chatouiller une corde sensible. « On devrait tendre vers protection sociale universelle, mais ça pose la question du financement. Du coup, la fédération des indépendants n’en veut pas. D’après l’UCM, le risque fait partie du choix des indépendants et ils ne devraient pas cotiser de manière importante pour gérer les risques des autres. » Pourtant, la pandémie du Covid-19 qui impacte radicalement l’économie mondiale pourrait changer les considérations des uns et des autres, avec des conséquences qui seront lourdes, selon Frédéric Naedenoen. « Les travailleurs flexibles vont être les premiers touchés. Si ce n’est pas déjà fait, les entreprises risquent d’arrêter la plupart des missions freelance et d’intérim, et de redistribuer les responsabilités de leurs salariés dans la mesure de leurs compétences. »

 Bien que, à la sortie de la crise, les organisations se tourneront certainement plus facilement vers le freelancing.

Bien que, à la sortie de la crise, les organisations se tourneront certainement plus facilement vers le freelancing. Affaiblies financièrement, elles devront réinventer leur relance en se concentrant sur des missions efficaces et limitées dans le temps. Les freelances spécialisés devraient alors pouvoir prendre un nouveau souffle.

Posted in Freelancer, Prospection | Tags , , , , , | Commentaires fermés sur « Les indépendants ne le sont plus vraiment, le système n’est plus au point »

La dépendance économique entre freelance et client est dangereuse

Les freelances gagnent du terrain

C’est un constat clair à l’UCM : y a assurément de plus en plus de sociétés qui se créent mais avec de moins en moins de salariés intégrés dans le processus. Le marché de l’emploi connaît donc une évolution où les travailleurs choisissent clairement de devenir freelance. « C’est une nouvelle tendance qui correspond aussi aux besoins changeants et multiples des entreprises. Elles n’ont plus nécessairement ni de bonnes raisons ni les moyens d’engager du personnel à temps-plein ou à temps-partiel », rappelle Clarisse Ramakers. « Et de l’autre côté de la barrière, il y a une augmentation du nombre de métiers en pénurie et de personnes qui peuvent mieux se vendre, mieux négocier leurs rémunérations en tant que freelance plutôt que comme salarié. D’une certaine manière, on constate aussi que la formule répond mieux aux attentes des nouvelles générations qui y voient notamment la possibilité de mieux organiser leur planning, mieux concilier vie privée et vie professionnelle, plus facilement choisir les causes qui leur sont chères et les clients qui les intéressent. Aujourd’hui, être à son propre compte, c’est devenu sexy, alors qu’hier c’était encore vu comme une sorte de dernière option sur certains marchés de l’emploi assez bouchés. » Et il semblerait que c’est une tendance qui va se poursuivre. « Ce n’est pas juste un effet de mode. Le monde du travail change profondément, les entreprises aussi. » 

Réponses et attentes

Les autorités fédérales et fédérées ne peuvent plus ignorer ces évolutions et prennent, petit à petit, les choses en mains. « On a vu dernièrement, notamment avec la crise du Covid-19, des choses assez positives. Le droit passerelle en fait partie, c’est un filet de sécurité, même si ça reste du court-terme. Le congé paternité a aussi été développé, les titres-services pour les maman également. Tout cela permet de fluidifier la vie des indépendants et des freelances de manière générale. Maintenant, on doit encore travailler sur la pension qui est encore trop basse. Pour l’instant, l’indépendant qui cotise pour 1€, recevra 1€, alors que le salarié pourra faire fois trois. Il est temps qu’indépendants et salariés aient le même retour proportionnel. » 

Dépendance économique

Au-delà des mesures qui touchent plus ou moins directement au budget de l’état, Clarisse Ramakers souligne l’importance des philosophies de travail et des rapports professionnels parfois dangereux qu’entreprises et freelances entretiennent. « Il faut travailler sur le lien de dépendance économique que le freelance développe trop souvent avec les clients. Si une entreprise est satisfaite du travail, il ne faut plus lui permettre de mettre fin du jour au lendemain au contrat, ou d’abuser de sa position économique dominante dans la relation. Aux Pays-Bas, par exemple, ils ont fixé une valeur en-dessous de laquelle on ne peut pas rémunérer un freelance. » En Belgique, il existe déjà une loi contre l’abus de dépendance économique qui permet d’éviter que des ruptures contractuelles abusives et unilatérales soient sans conséquences. Mais ça ne suffit pas. « On doit mieux formaliser les contrats, prévoir un vrai délai de fin de collaboration, surtout si c’est un partenariat qui représente plus de 50% de l’activité du freelance. »

Des terrains à réinventer

Le marché de l’emploi qui se transforme nécessite donc de grands changements de paradigmes politiques, financiers, philosophiques mais aussi au sein des organisations telles que l’UCM. « Comme on le disait plus tôt, il y a de plus en plus d’indépendants qui créent des entreprises mais sans engager de salariés. On va donc devoir, nous aussi, changer notre fonctionnement. On travaille notamment sur de nouvelles façons de faire le pont entre les entrepreneur et les freelances qui sont inscrits chez nous, pour simplifier les relations entre tous les acteurs. » D’autant que la crise sanitaire du Covid-19 est loin d’être terminée et les conséquences économiques qui en découlent ne poussent que leurs premiers cris. « On estime que 20 à 25% des restaurants de Belgique pourraient faire faillite et que 30% des entreprises de Bruxelles vont rapidement être en grande difficulté » annonce déjà Clarisse Ramakers. Tous les indépendants de Belgique vont donc certainement devoir développer de nouveaux outils très rapidement, sans forcément compter sur la réactivité de nos décideurs.

Posted in Bon encadrement du freelance, Client | Tags , , , , , | Commentaires fermés sur La dépendance économique entre freelance et client est dangereuse

Les pays de l’UE veulent mettre en place des systèmes de taxation des revenus issus de l’économie des plateformes

Une étude européenne aux conclusions surprenantes

Une étude commandée par la Commission européenne a révélé que trois États membres de l’Union européenne – le Danemark, l’Estonie et la France – obtiennent directement des entreprises de gestion des plateformes, les données sur les revenus de leurs utilisateurs, notamment de Uber, d’Airbnb et des plateformes nationales.

La figure 1 ci-après décrit la méthode appliquée par le Danemark.

Fig. 1 – Diagramme du système mis en place par l’administration fiscale danoise pour la gestion des données sur les revenus fournies par les plateformes. Source : Ogembo & Lehdonvirta, 2020.

 

Dans l’avenir

Les auteurs évaluent la possibilité d’amener ces initiatives nationales au niveau d’un ‘guichet numérique unique’ pour l’UE, ce qui, pour les plateformes, faciliterait la communication automatisée des données sur les revenus, ainsi que la transmission de ces données aux administrations fiscales et de sécurité sociale des pays concernés. Ils appliqueraient ensuite une taxation et une perception conformes à la règlementation en vigueur.

Dans le cas contraire, ils craignent que si chaque État membre utilise sa propre Application Programming Interface (API), les entreprises des plateformes qui opèrent à travers l’UE auront à s’adapter à 27 systèmes différents, ce qui ne sera pas sans entraîner des coûts élevés.

Pour plus d’information

Consultez ici ou ici l’étude complète.

Posted in Client, Finance, Freelancer | Tags , , , , , , | Commentaires fermés sur Les pays de l’UE veulent mettre en place des systèmes de taxation des revenus issus de l’économie des plateformes

Recrutement en ligne : faire la différence

S’imposer dans la guerre des talents

Aujourd’hui, le recrutement à distance concerne tout le monde ! La pratique prend tellement d’ampleur qu’elle est même utilisée pour trouver le candidat idéal pour une mission qui ne se fera pas essentiellement en télétravail. Laurent-Philippe Ham, co-fondateur de la plateforme Beelance, le constate chaque jour. « Aujourd’hui, pour trouver les bons profils, les entreprises doivent aller de plus en plus loin et être de plus en plus créatives. Elles développent des stratégies pour être visibles pour la cible de talents qu’elles cherchent et montrer comment elles traitent la communauté à laquelle elles veulent s’adresser. » Les freelances qui postulent doivent donc, eux aussi, se démarquer et faire preuve de créativité sur la toile. « Ça va dans les deux sens. Avant, les indépendants avaient la chance de choisir l’entreprise qui les avait séduits, mais aujourd’hui ils doivent aussi être prêts et développer les bons outils. » 

La carte d’identité digitale

Avant d’atteindre l’étape de l’entretien d’embauche par vidéo-conférence, le freelance doit donc investir une certaine énergie pour défendre son image et son travail sur tous les réseaux sociaux pertinents, mais pas seulement. Par « carte d’identité digitale »  Laurent-Philippe Ham entend ceci : « C’est l’empreinte qu’on laisse accessible à ceux qui veulent en savoir plus sur ce qu’on a à offrir. Ça va des plateformes mainstream à celles destinées aux niches. L’exercice est, à chaque fois, d’être capable de valoriser ses compétences, faire son auto-évaluation de manière juste et vendeuse, mettre en avant ses expertises. Au niveau de la forme, c’est toujours bon de faire preuve d’imagination, mais il ne faut pas se travestir. Il existe assez de médias aujourd’hui pour pouvoir se concentrer sur ses forces et faire des choses qui nous ressemblent. »

Valoriser ses succès

Sur un marché de l’emploi toujours plus concurrentiel, il ne suffit plus d’être bien diplômé, doué en langues et très bon pour un poste. Il faut aussi, et surtout, apporter la démonstration qu’on est capable de faire bouger les lignes de l’entreprise qui nous intéresse, explique le co-fondateur de Beelance. « Être le meilleur, ce n’est plus suffisant. Aujourd’hui, les organisations font appel à un ou plusieurs freelances pour palier à un challenge, un manque. Elles veulent régler une situation vite et bien. Du coup, elles vont surtout s’intéresser à ce que le candidat aura réalisé dans ses précédentes missions. Qu’a-t-il a apporté de neuf ? Pourquoi les clients précédents sont-ils devenus meilleurs après son passage ? Le raisonnement est simple : s’il ou elle a réussi chez les autres, cela sera également le cas chez moi. » Des succès dans différentes entreprises qui rassurent et qui envoient, en bonus, le signe d’une belle capacité d’adaptation.

Camera online : ON

Pour faire la différence lors d’un entretien d’embauche, les conseils traditionnels restent évidemment d’application, même si tout se fait à distance. « Il faut toujours bien se renseigner sur l’entreprise pour laquelle on postule, voire sur la personne qui réalisera l’interview. Et puis se préparer aux questions traditionnelles : De quoi êtes-vous fiers ? Quel est votre défaut au travail ? Quelles sont vos questions sur notre organisation ? » Mais de nouveaux pièges, pourtant simples, sont à éviter en vidéo-conférence. « Il est important de faire attention à votre background ! L’environnement dans lequel on travaille en dit long. Un espace bien organisé et qui correspond à l’univers de votre domaine, ce sont des choses qui rassurent les recruteurs. L’image reste importante, même quand tout se fait en ligne ! » conclut Laurent-Philippe Ham.

Posted in Freelancer, Prospection | Tags , , , , | Commentaires fermés sur Recrutement en ligne : faire la différence