"Exploring the future of work & the freelance economy"

La dépendance économique entre freelance et client est dangereuse

Freelances et indépendants ont, pendant longtemps, été les oubliés des mesures politiques et sociales en Belgique. Aujourd’hui, les choses vont mieux, doucement, timidement, mais elles vont mieux. Clarisse Ramakers, directrice du service d’étude et de lobby de l’UCM, défend les freelances, les indépendants et les chefs de PME de moins de 50 travailleurs au niveau régional et fédéral. Regard d’une actrice de terrain sur les combats gagnés, ceux qui restent en chantier et ceux qui nous attendent.

Les freelances gagnent du terrain

C’est un constat clair à l’UCM : y a assurément de plus en plus de sociétés qui se créent mais avec de moins en moins de salariés intégrés dans le processus. Le marché de l’emploi connaît donc une évolution où les travailleurs choisissent clairement de devenir freelance. « C’est une nouvelle tendance qui correspond aussi aux besoins changeants et multiples des entreprises. Elles n’ont plus nécessairement ni de bonnes raisons ni les moyens d’engager du personnel à temps-plein ou à temps-partiel », rappelle Clarisse Ramakers. « Et de l’autre côté de la barrière, il y a une augmentation du nombre de métiers en pénurie et de personnes qui peuvent mieux se vendre, mieux négocier leurs rémunérations en tant que freelance plutôt que comme salarié. D’une certaine manière, on constate aussi que la formule répond mieux aux attentes des nouvelles générations qui y voient notamment la possibilité de mieux organiser leur planning, mieux concilier vie privée et vie professionnelle, plus facilement choisir les causes qui leur sont chères et les clients qui les intéressent. Aujourd’hui, être à son propre compte, c’est devenu sexy, alors qu’hier c’était encore vu comme une sorte de dernière option sur certains marchés de l’emploi assez bouchés. » Et il semblerait que c’est une tendance qui va se poursuivre. « Ce n’est pas juste un effet de mode. Le monde du travail change profondément, les entreprises aussi. » 

Réponses et attentes

Les autorités fédérales et fédérées ne peuvent plus ignorer ces évolutions et prennent, petit à petit, les choses en mains. « On a vu dernièrement, notamment avec la crise du Covid-19, des choses assez positives. Le droit passerelle en fait partie, c’est un filet de sécurité, même si ça reste du court-terme. Le congé paternité a aussi été développé, les titres-services pour les maman également. Tout cela permet de fluidifier la vie des indépendants et des freelances de manière générale. Maintenant, on doit encore travailler sur la pension qui est encore trop basse. Pour l’instant, l’indépendant qui cotise pour 1€, recevra 1€, alors que le salarié pourra faire fois trois. Il est temps qu’indépendants et salariés aient le même retour proportionnel. » 

Dépendance économique

Au-delà des mesures qui touchent plus ou moins directement au budget de l’état, Clarisse Ramakers souligne l’importance des philosophies de travail et des rapports professionnels parfois dangereux qu’entreprises et freelances entretiennent. « Il faut travailler sur le lien de dépendance économique que le freelance développe trop souvent avec les clients. Si une entreprise est satisfaite du travail, il ne faut plus lui permettre de mettre fin du jour au lendemain au contrat, ou d’abuser de sa position économique dominante dans la relation. Aux Pays-Bas, par exemple, ils ont fixé une valeur en-dessous de laquelle on ne peut pas rémunérer un freelance. » En Belgique, il existe déjà une loi contre l’abus de dépendance économique qui permet d’éviter que des ruptures contractuelles abusives et unilatérales soient sans conséquences. Mais ça ne suffit pas. « On doit mieux formaliser les contrats, prévoir un vrai délai de fin de collaboration, surtout si c’est un partenariat qui représente plus de 50% de l’activité du freelance. »

Des terrains à réinventer

Le marché de l’emploi qui se transforme nécessite donc de grands changements de paradigmes politiques, financiers, philosophiques mais aussi au sein des organisations telles que l’UCM. « Comme on le disait plus tôt, il y a de plus en plus d’indépendants qui créent des entreprises mais sans engager de salariés. On va donc devoir, nous aussi, changer notre fonctionnement. On travaille notamment sur de nouvelles façons de faire le pont entre les entrepreneur et les freelances qui sont inscrits chez nous, pour simplifier les relations entre tous les acteurs. » D’autant que la crise sanitaire du Covid-19 est loin d’être terminée et les conséquences économiques qui en découlent ne poussent que leurs premiers cris. « On estime que 20 à 25% des restaurants de Belgique pourraient faire faillite et que 30% des entreprises de Bruxelles vont rapidement être en grande difficulté » annonce déjà Clarisse Ramakers. Tous les indépendants de Belgique vont donc certainement devoir développer de nouveaux outils très rapidement, sans forcément compter sur la réactivité de nos décideurs.