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L’IA dans le recrutement : opportunité ou menace ?

Exploitée dans le processus de recrutement, l’intelligence artificielle est capable du meilleur comme du pire, de traiter des données dans un temps record et de reproduire des comportements extrêmement discriminatoires. Alors, l’IA véritable alliée ou ennemie jurée ?

L’IA, celle qui nous semblait sortir tout droit d’un film de science-fiction, vient raviver les fantasmes. Elle inquiète et pousse à la réflexion. A juste titre puisqu’elle est partout, des transports à la santé publique, en passant par l’environnement et… le management. Comment s’intègre-t-elle dans les nouveaux processus de recrutement ? Comment impacte-t-elle le quotidien des recruteurs ? Quid de son cadre législatif ?

l’IA c’est l’ensemble des théories et des concepts qui permettent de construire des ordinateurs qui vont simuler l’intelligence humaine.

Une (r)évolution impressionnante

Pour glaner nos infos, nous sommes allés côtoyer le concret auprès de Laurent-Philippe Ham, CEO et co-fondateur de Beelance. Selon lui, l’IA “c’est l’ensemble des théories et des concepts qui permettent de construire des ordinateurs qui vont simuler l’intelligence humaine.” Sa rapidité d’évolution est extraordinaire. “On crée des ordinateurs qui vont de plus en plus vite, qui sont de plus en plus performants et puissants. En 1997, on assiste à un événement clé : la star des échecs, Garry Kasparov perd pour la première fois contre un ordinateur. Un champion d’échecs est battu par la technologie, par une machine capable de traiter l’info plus rapidement que l’être humain. Je me rappelle qu’en 97’ le PC commençait à se démocratiser, il pouvait enfin tenir sur un bureau. Aujourd’hui on retrouve toute cette intelligence à l’intérieur de nos téléphones portables. La rapidité à laquelle l’être humain a construit et fait évoluer la technologie est impressionnante.”

L’algorithme de matching n’est pas là pour remplacer le recruteur mais bien pour l’aider, pour lui éviter de screener un ensemble de paramètres qui n’ont pas de valeur ajoutée directe.

La percée dans le monde RH

En recrutement, l’IA est exploitée à travers l’algorithme de matching, une infime partie de son potentiel. “Chez Beelance, on construit un algorithme basé sur l’ensemble des compétences du marché en informatique. Une compétence vaut X, sa petite sœur vaut X-2, son cousin vaut X-4…,  tous les langages de programmation sont automatiquement liés les uns aux autres. Ce n’est donc pas parce que sur un CV on n’a pas indiqué la compétence X, qu’elle est complètement inexistante. Si sa petite sœur ou son cousin ont été enregistrés, ils seront quand même liés à l’acquis X. A la fin du processus, un taux de matching sera donné qui permettra de pondérer la compétence. Il s’agit d’un pourcentage de correspondance, par rapport à la demande de départ.

Le recruteur toujours aux commandes

Non, l’algorithme ne remplace pas le recruteur. Comme le confirme Laurent-Philippe Ham,  « l’IA aide le recruteur en lui évitant de screener un ensemble de paramètres qui n’ont pas de valeur ajoutée directe. Il reçoit donc un taux de matching et le vérifie ensuite, le valide. » Chez Beelance par exemple, les taux de matching sont liés à l’algorithme. La compétence, elle, n’est pas encore vérifiée. Mais c’est bel et bien la prochaine étape.

Exploiter la faille

Avec des volumes de données qui ne font qu’exploser, l’IA semble être une opportunité incroyable. D’abord, pour alléger le quotidien des recruteurs, ensuite pour leur faire économiser du temps et beaucoup d’énergie. Mais si les avancées sont des chances, elles sont aussi des poudrières, prêtes à rallumer de vieilles angoisses et à soulever les passions. “Il y a quelques années, Amazon a voulu faire en sorte que tout son processus de recrutement passe par l’IA. L’humain a entraîné la machine à traiter des bases données qu’il avait créées lui-même. Il a donc injecté dans les algorithmes un peu de son histoire et de ses influences. Sur base de données biaisées, l’IA s’est alors mise à discriminer en reproduisant des schémas racistes et misogynes induits par l’humain.” raconte Laurent-Philippe Ham. Un cercle vicieux donc mais peut-être une chance à saisir, notre chance d’exploiter la faille.

L’Union européenne règlemente

C’est bien pour toucher l’excellence et renforcer la confiance des consommateurs qu’un projet de loi a été publié par la commission européenne en avril 2021. Certains systèmes d’IA devront être analysés de manière approfondie et jugés selon les risques qu’ils représentent. “Cela signifie que le risque (potentiel) que présente une application d’IA conditionne les règles qui lui seront appliquées. Ainsi, la proposition recense quatre catégories, chacune étant assortie d’un ensemble de règles correspondant. Il s’agit des catégories suivantes : « risque faible ou minimal », « risque élevé » et « risque inacceptable »” indique Agoria, fédération de l’industrie technologique. Dans le recrutement, l’IA est jugée à “risque élevé”, c’est-à-dire que le système d’IA utilisé pour recruter devra répondre à des critères de sécurité plus rigoureux, plus élevés. C’est l’IA dans toutes ces potentialités qu’il faut encadrer, mais avant tout, c’est la raison de son utilisation qu’il faut, une fois pour toutes, définir.

L’IA, un projet de société

L’IA traite donc des données pouvant contenir des biais cognitifs, sociaux ou raciaux, représentant une menace pour les minorités. La machine ne crée pas la misogynie, elle la reproduit fidèlement au contact de l’humain. Voilà toute la nuance. Véritable miroir de nous-mêmes, l’IA nous incite plus que jamais à prendre de la distance et à développer une pensée critique. Voyons comment, en tant qu’êtres faits de chair et d’émotions, nous pouvons trouver notre place, essentielle et irremplaçable au regard de la technologie.

L’IA doit être conçue dans un cadre déterminé, en même temps qu’un projet technologique elle doit être un projet de société, s’inscrire dans des objectifs qui ne seront pas ceux d’une société capitaliste, de la productivité, mais bien ceux de citoyens engagés, engagés à plus de conscience, plus d’éducation et d’ouverture. En fait, c’est l’IA qui va nous apprendre à être véritablement “humains”.

Photo by ThisisEngineering RAEng on Unsplash

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Anne-Sophie Beaujean
Créatrice de contenus, Anne-Sophie est passionnée d’écriture, curieuse et captivée par le pouvoir des mots. Des fenêtres qui ouvrent et éclairent nos communications. Freelance, elle met sa plume au service de l’entrepreneuriat et questionne les nouvelles tendances RH. L’avenir du travail, un sujet qui n’a pas fini de faire couler son encre… Anne-Sophie is een content creator, gepassioneerd door schrijven. Ze is nieuwsgierig, geboeid door de kracht van woorden en zorgt voor deuren die opengaan en onze communicatie vergemakkelijken. Als freelancer gebruikt ze haar pen voor ondernemerschap en stelt ze nieuwe HR-trends in vraag, zoals de toekomst van werk, een onderwerp waar nog steeds veel over wordt geschreven ... Voir tous les articles de Anne-Sophie Debauche