"Exploring the future of work & the freelance economy"
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Que représentent les plateformes pour les freelances hautement qualifiés ? Entretien avec Madame la Dr Deborah Guistini

À l’heure actuelle, 31 à 34 % des 28 millions de travailleurs des plateformes numériques au sein de l’UE figurent dans la catégorie « Personnes hautement qualifiées ». Par cette expression, nous désignons avant tout les individus qui doivent disposer de compétences spécifiques pour la mission qui leur est proposée : IT software engineers, designers, créatifs dans le domaine des médias, marketing et business consultants… Mais en réalité, que trouvent-ils sur les plateformes numériques de freelance et les marketplaces numériques telles que Gighouse, Malt ou Jellow ?

Nous avons abordé ce thème avec Madame la Dr Deborah Giustini qui s’intéresse depuis des années à toutes les formes de travail atypique, au freelancing et à la gig economy. Elle mène à présent une étude postdoctorale à la KU Leuven sur les implications du travail sur plateforme concernant les expériences personnelles de freelances hautement qualifiés actifs sur des marketplaces online. Par des entretiens très poussés de type qualitatif et une enquête quantitative auprès des freelances, elle explore les récits tirés de la réalité économique des plateformes belges et néerlandaises. Elle échange aussi avec des experts, des gestionnaires de plateformes et même avec plusieurs partenaires de Nextconomy. Elle tient à mieux comprendre les différents aspects du freelancing, au-delà des débats parfois polarisants sur l’(in) sécurité sociale et l’(in) dépendance.

Jeu de questions-réponses

Les études de Deborah Giustini peuvent être illustrées au moyen de questions de recherche spécifiques comme : « Pourquoi les freelances vont-ils sur des plateformes pour y trouver des missions ? Les freelances se sentent-ils valorisés ou freinés par les marchés du travail numériques ? Le marché change-t-il du fait des niveaux de numérisation variables selon les intervenants ? » Les réponses seront disponibles dès la fin de ses recherches.

Un mal plus que nécessaire ?

Deborah est toutefois ravie de lever un coin du voile pour Nextconomy :

« Dans la recherche universitaire et la sphère politique, l’économie des plateformes numériques jouit d’une réputation ambiguë. Il est question, d’une part, d’une exploitation grandissante des freelances et d’une érosion de la sécurité sociale. D’autre part, on ne tarit pas d’éloges sur les freelances libres de toute contrainte qui, en tant que freelances peuvent fixer leurs propres règles, leur réseau et leur environnement professionnel à travers la numérisation.

Les freelances hautement qualifiés estiment que les préoccupations autour d’un travail non salarié parfois précaire (moins de sécurité sociale, maîtrise de l’algorithme et risque de travail non rémunéré) constituent des composantes intrinsèques de leur parcours professionnel. Or, ils ont choisi en toute connaissance de cause ce statut plus instable. Ils se fient avant tout aux ressorts positifs de leur propre talent, de leur faculté d’adaptation, de leur autonomie, de leur créativité et de leur capacité d’innovation.

En route vers de nouveaux écosystèmes ?

Auparavant, ils recherchaient des missions en consultant des personnes de référence, des clients existants ou des sites Internet de type LinkedIn. Désormais, les grandes entreprises et les marques semblent opérer surtout par le biais des nouvelles plateformes. Les freelances doivent donc essayer de les atteindre à cet endroit également. Cela tient peut-être à la volonté des spécialistes du marketing de ces grandes plateformes de convaincre ces entreprises que leur plateforme donne des résultats plus rapides et que de cette façon, elles touchent beaucoup plus d’individus ? D’autre part, ces plateformes facilitent également la tâche des sociétés clientes sur le plan de la facturation et de la gestion des contrats.

Deborah évoque un écosystème « hybride » qui inclut des types de travail freelance sécurisés en constante évolution. Les freelances perçoivent leur engagement sur ces plateformes comme normal dans le monde du travail en pleine mutation. Les activités de la plateforme leur servent d’accès privilégié à des projets intéressants dans des entreprises qu’il est par ailleurs difficile d’approcher. Ils collaborent avec différentes plateformes pour créer des opportunités d’emploi complémentaires. Selon eux, les plateformes ne sont en aucun cas des forces du mal qui veulent éroder la qualité de leur travail indépendant. Utiliser une plateforme ne signifie donc pas forcément une mauvaise chose.

Les activités de la plateforme leur servent d’accès privilégié à des projets intéressants dans des entreprises qu’il est par ailleurs difficile d’approcher.

Ils prennent néanmoins leurs distances par rapport au discours ambiant et à la vision selon laquelle le travail sur les plateformes est occupé par des personnes peu qualifiées qui ne peuvent y trouver que des offres de qualité médiocre. Ils frissonnent à l’idée que leur statut d’indépendant soit réglementé de façon distincte parce qu’ils recourent aussi au travail sur plateforme. Être considéré comme un “employé” d’une plateforme suscite un niet vigoureux.

Ils se plaignent en revanche que ces plateformes reposent en grande partie sur des algorithmes. Le facteur humain leur semble plus important. Voilà une bonne nouvelle pour Gighouse et ses homologues.

Courbe d’apprentissage

Sur le plan macroéconomique, Deborah constate l’émergence d’une identification sociale et professionnelle claire qui pourrait transcender la dichotomie existante entre le travail indépendant et le travail sur plateforme. “Le déploiement rapide du travail sur plateforme freelance peut engendrer une courbe d’apprentissage sur l’ensemble du marché du travail, ce qui entraîne des répercussions sur tous les intervenants. Aussi sur les décideurs politiques qui doivent réglementer en la matière.” En revanche, les institutions, les plateformes et les entreprises en tous genres doivent encore faire preuve de créativité pour favoriser le resserrement du tissu social et protéger le travail indépendant….

Nous vivons une époque vraiment passionnante !

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Philip Verhaeghe is een onafhankelijk governance adviseur en een freelance redacteur over ondernemerschap en bestuur voor vakbladen, bedrijven en organisaties. Onderzoekt zowel de nieuwste trends als de klassieke uitdagingen die het verschil kunnen maken in de bestuurskamer of het directiecomité. Is als freelance redacteur ook actief voor onder meer Bestuurder”, “Guberna” en “Etion”. Werkte als algemeen secretaris voor VKW, het Instituut voor Bestuurders, Corgo en RNCI. Voir tous les articles de Philip Verhaeghe