"Exploring the future of work & the freelance economy"

La vérité sur la plateforme de demain (épisode 2/3)

Dans ce deuxième blog, Samuel Durand vous propose d’imaginer les caractéristiques de la plateforme de freelances de demain, de réfléchir à ce qui légitime de laisser une commission à la transaction, à la fois côté freelance et côté entreprise.

Qu’on les aime ou qu’on les déteste, elles sont de plus en plus nombreuses et ne sont pas cantonnées au cadre du travail.

> Découvrir le blog 1 Qu’est ce qui justifie l’existence d’une plateforme ?

II La plateforme de demain, pour les freelances :

Des missions pertinentes 🎯

C’est une évidence pourtant mal mise en œuvre, les freelances s’inscrivent sur les plateformes afin de décrocher des missions mais seule une petite proportion des inscrits parvient à travailler régulièrement. Sur la plateforme Upwork, ils sont environ 10.000 nouveaux freelances à s’inscrire chaque jour, en revanche ils sont seulement 5% à générer un CA de plus de 50.000€ par an sur la plateforme, la plupart s’inscrivent et ne feront jamais de mission, une ou deux tout au plus. Ce même phénomène est présent sur l’ensemble des plateformes, quelques “top profils” accaparent la plupart des missions tandis que l’immense majorité se fait concurrence pour récupérer les missions restantes. Winners-take-all.

L’enjeu principal des plateformes est de parvenir à générer suffisamment d’activité côté client pour proposer un nombre suffisant de missions aux freelances inscrits. La plateforme aura beau avoir tous les attributs annexes imaginables, sans nouvelles missions régulières, les freelances s’en détourneront.

Il ne s’agit pas de poster n’importe quelle mission pour autant, afin de créer un cercle vertueux ces missions doivent être filtrées en amont pour s’assurer que le contexte, la rémunération et les objectifs correspondent bien aux standards définis par la plateforme.

Quelles pistes pour accroître le nombre et la qualité des missions postées :

  • Référencement : afin de proposer régulièrement de nouvelles missions à ses membres, l’enjeu des plateformes est d’être référencé auprès des grands groupes et d’entretenir des relations de confiance avec leurs décideurs. Etant donné la taille de ces derniers ils sont en mesure de faire appel à plusieurs centaines de freelances chaque année. Lorsqu’une plateforme est capable de les mettre en relation avec les bons profils rapidement, elle devient un fournisseur de rang 1 et est sollicitée en priorité.
  • Présélectionner les missions en recueillant un brief standard suffisamment exhaustif à compléter. Lorsque les missions se déroulent mal c’est généralement un problème de communication qui prend racine dans une mauvaise définition des besoins. Si la plateforme s’assure de comprendre parfaitement les besoins du client, elle sera en mesure de le mettre en relation avec le bon profil qui saura exactement à quoi s’attendre.
  • Notation du client : les freelances ont pour habitude de recevoir une note sur 5 étoiles et un feedback après chaque mission, une bonne pratique serait que cette notation devienne à double sens. Cela permettrait de recueillir des feedbacks sur le client afin de lui faire des retours constructifs pour qu’il améliore son processus d’accueil des indépendants et le cas échéant, de mettre fin aux relations avec les entreprises qui reçoivent des commentaires négatifs trop fréquents. (ou a minima d’en avertir les candidats !)

Si je voulais créer une entreprise dans l’économie freelance, ce serait sans aucun doute un label “Great Place to Freelance”

L’humain

Si la plateforme est un outil numérique formidable, elle n’est pas à dissocier des interactions humaines, à la fois dans la mise en relation et dans l’ensemble des services qui en découlent.

Deux profils disposant des mêmes compétences techniques et qui pourraient potentiellement exceller de la même manière sur une mission donnée, n’obtiendront pas les mêmes performances et ne prendront pas autant de plaisir dans les faits, notamment parce que leurs aspirations sont différentes et leur personnalité correspond plus ou moins à la mission.

Même au sein d’une compétence précise, la façon d’exercer son métier diffère. Si vous êtes développeur backend maîtrisant les langages PHP, SQL et Ruby On Rails vous allez peut-être préférer les missions vous permettant de travailler seul depuis chez vous aux horaires qui vous arrangent ou au contraire vous allez rechercher des missions vous permettant de coder au sein d’une équipe et d’améliorer vos compétences sur certains langages.

Si l’algorithme de mise en relation ne prenait en compte que la fiche technique, vous risquez fort bien d’être sollicité pour des missions qui ne vous conviendront pas.

Vers des tests de personnalité ?

 Certaines plateformes commencent à intégrer les aspirations des freelances dans leur processus de sélection. Au cours d’un entretien, elles prennent le temps d’échanger et de comprendre les besoins de chaque candidat avant de les intégrer dans la communauté. D’autres accordent autant d’importance aux soft-skills qu’aux hardskills.

Une piste d’évolution pourrait être de proposer des tests de personnalité afin de mieux appréhender les méthodes de communication qui correspondent à chaque profil et d’enrichir la fiche de présentation de chacun avec des informations non techniques.

Cet aspect humain se retrouve également en dehors de l’activité de mise en relation. A mon sens, la principale force des plateformes réside dans leur capacité à fédérer une communauté d’individus qui, a priori, pourraient être en concurrence mais qui se retrouvent pourtant bien souvent à s’entraider.

Au départ réunis sur des groupes Facebook et désormais plus régulièrement sur des channels Slack, les freelances s’entraident, partagent leurs dernières créations, se tiennent informés des dernières évolutions de la plateforme, créent des événements et parfois même se forment.

A mon sens, la principale force des plateformes réside dans leur capacité à fédérer une communauté d’individus qui, a priori, pourraient être en concurrence mais qui se retrouvent pourtant bien souvent à s’entraider.

C’est cet aspect communautaire qui fait la véritable différence entre deux plateformes, il y a d’une part l’attachement subjectif à la marque mais surtout l’ensemble des services qui vous sont proposés. Les plateformes offrent déjà toute une palette d’avantages chez des entreprises partenaires pour leur communauté, l’équivalent d’un CE. A l’avenir les plateformes proposeront certainement beaucoup plus de sessions de mentorat, de formations, de contenu exclusif et pourquoi pas la possibilité de travailler sur des projest pro bono !

Pour renforcer cet aspect communautaire, je crois beaucoup à la cooptation lors du processus de sélection, en la matière, Gigster fait figure de référence. Depuis le départ, la plateforme californienne implique l’un de ses membres lors d’un entretien de recrutement afin de valider la complémentarité du profil avec le reste de la communauté. C’était d’autant plus important pour Gigster puisqu’ils ne placent pas les freelances individuellement chez les clients mais constituent une équipe pour mener le projet en interne, à la façon des Flash Organizations.

C’est notre réputation !

Nous en sommes encore loin mais un enjeu clé à mes yeux est d’assurer la portabilité des données réputationnelles liées à chaque travailleur sur une plateforme.

Il s’agirait de pouvoir télécharger les données réputationnelles qui concernent chaque individu sur une plateforme donnée, d’abord pour les posséder, mais surtout pour pouvoir les utiliser sur une autre plateforme. Imaginez que vous soyez un freelance réputé sur Malt avec des dizaines de recommandations mais que vous vous sentiez plus en adéquation avec la communauté de crème de la crème, vous n’avez pas envie de débarquer sur la plateforme comme un débutant mais de pouvoir vous servir des recommandations de vos clients passés, laissées sur la plateforme Malt, afin de décrocher de nouveaux contrats, sur la plateforme crème de la crème. Le besoin est encore plus pressant dans le cas où une plateforme mettrait fin à ses activités.

Protection 🛡️

Je ne crois pas que les plateformes doivent assurer elles-mêmes la protection sociale des freelances, en revanche de nombreux acteurs se sont créés ces dernières années permettant de compléter la protection offerte par l’état face aux crises. Mutuelles, prévoyances, solutions de prêts à la demande … A l’avenir les plateformes devraient plus que jamais intégrer des solutions comme Wemind et Mansa dans leur fonctionnement. Nous pourrions même imaginer qu’au-delà d’un certain seuil d’activité, la souscription à un contrat de prévoyance devienne obligatoire afin de continuer à utiliser la plateforme.

Il est également du ressort des plateformes, notamment celles de la gig economy d’instaurer un taux journalier ou horaire minimum et d’encourager la formation.

Les plateformes ayant d’ores et déjà pris le parti d’un fort interventionnisme, autant que celui-ci soit en faveur des travailleurs.

Si ces derniers mois la stratégie des plateformes a été de tout miser sur leur force de vente en concentrant leurs ressources à “l’ouverture de grands comptes” et à l’évangélisation côté clients, je suis persuadé que la véritable bataille à venir réside plutôt dans la création d’une communauté forte et engagée.

A terme, la légitimité de la commission prélevée à chaque transaction ne viendra plus de la mise en relation mais de l’environnement qui aura été créé autour de ce service phare : la communauté, le hub de services avec les partenariats, les offres de formations et la bienveillance.

A terme, la légitimité de la commission prélevée à chaque transaction ne viendra plus de la mise en relation mais de l’environnement qui aura été créé autour de ce service phare.

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Cet article a initialement été publié dans la newsletter le newsletter le Billet de Futur.