"Exploring the future of work & the freelance economy"

« Les autorités ne savent pas comment gérer le nombre croissant de freelances »

Afin de conserver une place concurrentielle sur le marché, les entreprises ont besoin de déployer des talents en usant de flexibilité et d’agilité. Les autorités en ont-elles conscience ?

« Les autorités ne savent pas suffisamment comment gérer le nombre croissant de freelances », a déclaré Dugald Mcintosh, vice-président Europe de TAPFIN-ManpowerGroup Solutions. « Les autorités sont devant un dilemme. D’une part, elles veulent que les entreprises emploient du personnel fixe afin que les employés puissent connaitre une situation financière stable. Et d’autre part, elles veulent réduire le taux du chômage en encourageant les chômeurs à l’aide de primes pour qu’ils démarrent leur propre entreprise. Néanmoins, avec une remarque: avec ces subventions, les autorités visent l’essor de l’entrepreneuriat et non celui du freelance en tant qu’individu. »

Esclavage moderne

Le rapport Freelancers in Vlaanderen de la Stichting Innovatie & Arbeid (SERV) montre que 7% de la population active en Belgique est constituée de freelances. Ce qui n’est pas mal. On peut répartir ce groupe d’indépendants en trois catégories : les experts de la connaissance (bien rémunérés), les créatifs et les facilitators.

« Le nombre de freelances dans les autres pays de l’UE est proportionnellement plus élevé, et le chômage y est moins élevé. Mais cela ne signifie pas que tous perçoivent une bonne rémunération », explique Dugald. « Nombreux sont les freelances qui travaillent au tarif minimum voire même en dessous. »

Proportionnellement, avec 1,3 million, les Pays-Bas possèdent le plus grand nombre de freelances en Europe. La concurrence y est donc très forte, de sorte que ces indépendants doivent souvent descendre leurs prix pour obtenir du travail. Le nouveau gouvernement néerlandais a donc prévu dans son accord de coalition de modifier la loi : la proposition est d’imposer un tarif de prestation minimum pour les trois catégories de freelance. « Il est tout à fait révolutionnaire de voir l’État protéger les freelances contre l’esclavage moderne », affirme Dugald.

La grande tendance : Le Total Talent Management

« Du fait de la mondialisation et de l’accroissement de la compétitivité, les entreprises insistent pour pouvoir utiliser les talents avec flexibilité, et ainsi de devancer la concurrence. C’est là l’une des trois raisons pour laquelle le Total Talent Management est devenu aussi urgent en Europe », proclame Dugald. Dans la vidéo ci-dessous, il résume les autres raisons pour lesquelles le besoin de Total Talent Management se manifeste au sein de l’UE. Bien plus encore qu’en Amérique.

À noter : En Europe, le Total Talent Management reste l’apanage des acheteurs et pas vraiment celui des RH. Les RH appliquent généralement des méthodes de travail classiques : rédiger une offre d’emploi, sélectionner des candidats, interviewer et recruter. Mais comment peut-on, au jour d’aujourd’hui, faire face au manque structurel de talents? Pensez à la manière dont les jeunes attirent par le biais des médias sociaux. Mais encore où faut-il les trouver ces freelances ? Et quels sont les tarifs en vigueur ?

« L’acquisition de freelances se fait de manière de plus en plus professionnelle », explique Dugald. « Pour un département Achat, il est courant d’établir un business plan pour chaque projet et de justifier cet investissement auprès de la direction, ce qui n’est pas nécessairement le cas pour les RH. »

« L’embauche et la gestion de talents externes, qui comprend les freelances, sont de nos jours principalement l’affaire des acheteurs et des commerciaux, et ressort moins de la responsabilité des RH. Comme l’offre et la demande de talents évoluent constamment, cela a un impact sur le rôle des RH comme celui de l’Achat. Les RH devront faire davantage appel à des externes afin d’attirer les compétences nécessaires dont une organisation a besoin afin d’atteindre ses objectifs.  Une coopération étroite avec les Achats les aidera à obtenir des résultats dans un marché concurrentiel. En outre, les RH veillent également à la rétention et à la formation des talents, car les besoins des entreprises ne sont pas statiques et doivent pouvoir évoluer », explique encore Dugald.

Une stratégie européenne

« Ce n’est pas qu’au Benelux, mais bien sur l’entièreté du continent que l’on voit croître le nombre de freelances. Ce qui est frappant, c’est de voir que chaque pays européen a sa propre législation complexe. Alors qu’une grande partie de ces talents traverse facilement les frontières », poursuit Dugald.

« Afin de résorber structurellement la pénurie de talents –réalité qui va s’accentuer à l’avenir – une stratégie au niveau européen est devenue plus qu’urgente », souligne Dugald. « L’Europe fait aujourd’hui le contraire de ce dont les entreprises ont besoin pour réussir ; le Brexit y participe malheureusement de manière douloureuse, ce que, pour être clair, je ne soutiens pas du tout. »

Et Dugald de conclure : « Avec une plateforme comme NextConomy et avec notre expertise au sein de TAPFIN, nous serions heureux de réfléchir avec les autorités et partager nos connaissances des réalités pratiques. »