"Exploring the future of work & the freelance economy"

« Il est essentiel de fournir aux indépendants les outils pour assumer les défis et les changements sociétaux »

A la douce sortie du confinement qui a poussé la majorité des Belges à travailler depuis chez eux, s’organiser de manière autonome, revoir leurs priorités, … le nombre de personnes qui s’inscrivent en tant que freelance ne cesse d’augmenter. Plus que jamais en Belgique, les formes de travail d’aujourd’hui et de demain ont besoin de réponses politiques. Rencontre avec Christie Morréale (PS), ministre wallonne de l’emploi

C’est un constat qui se confirme au fil du temps à l’UCM : de plus en plus de sociétés sont créées, mais de moins en moins de salariés sont intégrés dans le processus. Ce qui est symptomatique d’une explosion du nombre d’indépendants qui se mettent à leur compte en solo, sans engager de salariés, autrement dit : des freelances. Dans quelle mesure est-ce une réalité qui impacte les réflexions politiques autour de l’emploi en Wallonie ?

Il y a en effet, sur ces 20 dernières années, une augmentation de 28% du nombre d’indépendants. C’est une réalité qu’on doit mettre en corrélation avec les chiffres des pays voisins : les indépendants qui se lancent en Wallonie ont tendance à créer des business de plus petite dimension que dans d’autres régions et pays. On renforce donc notre réflexion sur le volet économie des petites, moyennes et très petites entreprises, pour mieux encore susciter la créativité !

 

Qu’est-ce que vous préconiser pour encourager les futurs freelances à se lancer ?

Pour la mise à l’emploi, on travaille à faire en sorte que le Forem puisse aider et susciter les vocations chez les personnes qui arrivent sur le marché de l’emploi en général, notamment ceux qui ont connu une expérience de vie comme la crise sanitaire, et qui les a poussés à remettre en question leur vie professionnelle. Il est là l’objectif du service public de l’emploi : élargir le panel de compétences des différents profils qui se présentent, y compris les futurs freelances. Donc on développe pour 2021 un outil spécifique au sein du Forem, avec des coachs notamment, pour conseiller les personnes qui pourraient se lancer à leur compte. Il est important de former et encadrer celles et ceux qui ont envie de lancer leur business, pour qu’ils puissent ensuite voler de leurs propres ailes. Il est essentiel de leur fournir les outils pour assumer les défis et les changements sociétaux comme le numérique, leur donner les moyens de garder leur activité sur la durée en évoluant et s’adaptant. Mais aussi d’encourager les indépendants qui ont des TPE ou des PME à engager du personnel. J’ai demandé dernièrement une évaluation des dispositifs qui existent déjà, pour les rendre les plus efficaces possible. L’idée est notamment de les fusionner pour les rendre plus simples, entre autres pour les indépendants, pour qu’ils ne doivent pas frapper à plusieurs portes.

 

Les freelances ne se situent ni du côté du patronat, ni du côté des salariés… Au niveau des lois sociales et des négociations pour l’amélioration des conditions de travail, ils sont sous-représentés. Que leur conseillez-vous pour faire entendre leurs besoins au monde politique ?

C’est une excellente question que je me pose assez souvent à propos de la représentation dans le monde du travail : on sent que toute une part des travailleurs échappent aux syndicats ! La défense du travailleur, qu’il soit indépendant, patron ou salarié est importante. Et se mettre à son compte, c’est aussi entrer dans une forme d’isolement pour la personne, ça change son rapport à l’autre, et ça met dans une situation de fragilité aussi dans le droit du travail. Il y a là tout un secteur qui est à réinventer pour être entendu ! Une des difficultés c’est qu’ils ne sont pas représentés parce qu’il s’agit d’une nouvelle masse de travailleurs qui sont à définir. Tout est à construire ! Ce n’est pas la ministre qui va pouvoir structurer ou rassembler les travailleurs entre eux, à leur place, mais c’est effectivement un point d’attention. Se fédérer et se rassembler pour une cause commune autour de son statut, ne pas être lésé, ne pas être en position de fragilité : c’est quelque chose d’essentiel. Et c’est à celles et ceux qui sont concernés de se réunir pour se défendre, au niveau fédéral. 

 

L’augmentation du nombre de freelances sur le marché de l’emploi répond aussi à une évolution des besoins des entreprises : elles cherchent de plus en plus à travailler de manière ponctuelle avec des experts qui seront disponibles à la carte. Et elles engagent de moins en moins pour des contrats à durée indéterminée, que ce soit pour répondre à de nouveaux besoins, ou pour diminuer les coûts. Mais les encadrement légaux sont encore assez timides en Belgique, pour soutenir ces freelances qui sont souvent un bel oiseau pour le chat, surtout en période de crise. Que proposez-vous comme système pour assurer des tarifs, des contrats ou encore des collaborations sereines entre freelances et entreprises ?

Honnêtement, je ne suis pas sûre de partager ce constat : la stabilité de l’entreprise repose aussi sur la capacité à reposer sur un certain nombre de travailleurs qui sont solides et stables. Un indépendant ou un freelance, c’est quelqu’un qui va s’investir moins fort dans une entreprise. De ce qu’on observe dans le service public, les métiers liés au digital par exemple, sont externalisés. C’est beaucoup plus important en matière de coûts, donc je ne pense pas que l’externalisation soit avantageuse pour les organisations. Évidemment on doit s’adapter et payer les prestataires au prix qui correspond à leurs compétences, d’autant plus quand il s’agit de métiers en pénurie sur le marché. Mais il ne faut pas faire de dogmatisme : si il n’y a pas de difficulté à recourir à la consultance, il ne faut pas considérer que c’est forcément une meilleure solution pour un service de plus haut niveau… Les services des freelances doivent être appelés avec parcimonie : il ne faut pas que ce soit des variables d’ajustement, mais des apports de qualité. Maintenant, le tout est de trouver l’équilibre : une mauvaise utilisation des services de freelances peut mener à une forme de précarité de l’emploi, c’est un équilibre auquel on doit être attentif.

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