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YOLO : un cri du coeur qui secoue le marché du travail

Réapparu avec la crise, le sigle ‘YOLO’ (You Only Live Once) annonce une révolution à venir sur le marché du travail. Les lignes traditionnelles bougent, les travailleurs abandonnent leur emploi pour vivre autrement. Laëtitia Vitaud, auteure et conférencière sur le futur du travail, nous aide à comprendre la YOLO économie naissante.

Inventée par Kevin Roose, journaliste du New York Times, l’expression ‘Yolo economy’ est le reflet de plusieurs phénomènes analysés pendant la crise aux États-Unis : déplacements et déménagements massifs, licenciements, démissions… Dans la restauration par exemple, des travailleurs se sont fait remercier en masse quand le secteur a été mis à l’arrêt. Lors de la reprise, “ce sont des centaines de milliers de serveurs, de chefs, de personnes indispensables en salle qui manquaient à l’appel. Les gens ne voulaient plus revenir travailler et la principale raison donnée à ce non ‘come-back’ est la Yolo” nous expliqueLaëtitia Vitaud. En Europe, des similarités s’observent (sans autant de chiffres) et le retour aux fourneaux s’annonce tout aussi incertain.

Pas de retour en arrière possible

En clair, cela signifie que les travailleurs licenciés pendant la pandémie sont passés à autre chose. Ils ont changé de carrière, parfois même de pays, ils ont acquis de nouvelles habitudes, un nouveau rythme de croisière. Tout cela dans une forme d’apaisement et de lâcher-prise conscientisant. Pourquoi continuer à mettre le travail en top 1 de nos priorités s’il nous broie au quotidien ? “Avec les confinements et le télétravail, on s’est rendu compte que les sacrifices qu’on était capable de faire pour son ‘futur moi’ n’étaient plus tenables et que l’instant présent surpassait le reste.”.

Tunnels Zoom aliénants et présentéisme à distance ont rendu les conditions d’organisation du travail hyper visibles et inacceptables.

La fin du Taylorisme

Le télétravail et par extension la transition numérique ont profondément modifié notre rapport au travail hérité du Taylorisme et de son “One-Best-Way”. “Les travailleurs ont pris leur autonomie et affichent clairement une plus grande rigidité dans ce qu’ils sont capables d’accepter comme conditions de travail.”. Aujourd’hui, nous voulons garder une maîtrise de notre emploi du temps, avoir notre propre bureau à domicile, faire quelques trajets vers la ville mais plus autant qu’avant. Et si pour certains le télétravail a été libérateur, pour d’autres il fut l’ennemi : “ tunnels zoom aliénants et présentéisme à distance ont rendu les conditions d’organisation du travail hyper visibles et inacceptables. Le stress a aussi été immense pour ceux qui ont pu garder leur emploi” ajoute notre spécialiste du travail. Mais alors, comment gérer et recruter les talents dans un tel climat ?

Les entreprises vont devoir se réinventer autour de ce que j’appelle les valeurs de l’artisanat : plus d’autonomie, de flexibilité, de responsabilité et de créativité.

À la manière de l’artisanat

Les recruteurs et les entreprises doivent, tout d’abord, prendre conscience que dans certains domaines la rémunération est trop faible. La solution est finalement très simple : il faut payer mieux ! Ensuite, “la manière dont on travaille ressemble encore trop au monde industriel du 20e siècle avec une organisation très rigide et aliénante. Les entreprises vont devoir se réinventer autour de ce que j’appelle les valeurs de l’artisanat : plus d’autonomie, de flexibilité, de responsabilité et de créativité.”.

Les entreprises trouveront-elles une solution dans l’hybride ?

Il n’existe pas de formule toute faite, transposable à chaque système de management et chaque entité doit faire en fonction de son identité propre, de sa culture, de son histoire. Aujourd’hui, l’hybridation est appréhendée mais pas encore validée par tous. “L’hybride s’annonce compliqué avec ces réunions floues et parfois inaudibles, ces mauvaises connexions ou encore ces personnes complètement exclues des jeux politiques.” La réflexion sur l’inclusion doit être accélérée à l’heure où les inégalités se creusent, toujours plus. “En entreprise, ce sont les mères de famille qui trinquent. Les outsiders sont souvent féminins” précise Laëtitia Vitaud.

Les consultants ont le vent en poupe

Puisque tout se joue désormais en ligne, les talents du numérique voient une opportunité extraordinaire de se faire connaître et d’allonger leur carnet de commandes. Les entreprises de leur côté doivent animer leur communauté, devenir plus visibles et rendre leur interface attrayante. Pour cela, rien de tel que les consultants et les freelances : entre autres développeurs, designer, agences de conseils mais aussi créateurs et rédacteurs de contenus. De quoi donner du travail à toute une frange d’indépendants.

Quand le recrutement ne suit pas…

“Les créateurs purs ne sont pas spécialement connectés au monde de l’entreprise et les entreprises ne savent pas comment aller les chercher. Le problème est là : les frontières deviennent plus floues et le monde s’hybride. Les identités ne sont pas prêtes à franchir le pas, à se mettre en mouvement ailleurs, ce qui rend le recrutement extrêmement compliqué.” Laëtitia Vitaud rappelle la difficulté persistante pour l’entreprise à affronter les grands défis de ce monde.

Et si on profitait de la vie ?

Comme après chaque période de chaos, il y a un carpe diem qui éclot et qui importe. Ce n’est pas une nouveauté. Ce YOLO crié à l’unisson témoigne d’un ras-le-bol collectif et d’une envie puissante de vivre l’instant présent. Avec la crise du Covid-19, le phénomène s’est amplifié et nous avons vu se figer certaines limites : conditions de travail insupportables, manque de temps pour les choses essentielles, risque de burn-out, désespoir des plus jeunes… Jusqu’en Chine, où la sieste est devenue acte de rébellion pour les milléniaux, la population questionne un modèle de travail toxique. Entre signe de chaos et changement d’aspiration profond, à quel point le YOLO se fait-il révolution ?

Anne-Sophie Beaujean
Créatrice de contenus, Anne-Sophie est passionnée d’écriture, curieuse et captivée par le pouvoir des mots. Des fenêtres qui ouvrent et éclairent nos communications. Freelance, elle met sa plume au service de l’entrepreneuriat et questionne les nouvelles tendances RH. L’avenir du travail, un sujet qui n’a pas fini de faire couler son encre… Anne-Sophie is een content creator, gepassioneerd door schrijven. Ze is nieuwsgierig, geboeid door de kracht van woorden en zorgt voor deuren die opengaan en onze communicatie vergemakkelijken. Als freelancer gebruikt ze haar pen voor ondernemerschap en stelt ze nieuwe HR-trends in vraag, zoals de toekomst van werk, een onderwerp waar nog steeds veel over wordt geschreven ... Voir tous les articles de Anne-Sophie Debauche

One comment on this message

  1. Merci pour cet article très intéressant !
    Je suis indépendante, et je discutais justement du monde du travail ce matin, avec ma fille de 16 ans.
    Sa vision est bien celle décrite dans l’article, elle compte bien s’épanouir dans une vie qui ne sera pas entièrement consacrée à sa carrière.