"Exploring the future of work & the freelance economy"

« Pour gérer la crise, il est temps que les politiques écoutent ce qu’il se passe sur le terrain ! »

Une communauté de près de 40.500 indépendants, réunis en quelques semaines seulement autour d’un cri du coeur, un appel à l’aide : il est urgent de sauver les indépendants, les freelances, les petits et les moyens entrepreneurs ! Au plus fort de la crise mais aussi au contrecoup, tout a tourné au ralenti, voire plus du tout, pour des milliers de travailleurs de Belgique. Dès le début du confinement, Vincent Maillen a senti le pire arriver. Alors, un dimanche matin de confinement, l’air de rien, au détour d’une publication Facebook, il est devenu le porte-voix de tous ceux qui sont paralysés par un vilain virus, par des politiques trop peu mordants et des réserves financières qui fondent comme neige au soleil.

Le feu aux poudres

Vincent Maillen, comme beaucoup d’indépendants, a un parcours surprenant : après onze ans à l’armée, des cours du soir en comptabilité et marketing, il s’est lancé à son propre compte dans le secteur de la construction. Ça fait 20 ans qu’il tient la barre. Et puis arrive une épidémie, un monde à l’arrêt, une économie qui tousse. « Pendant le confinement, quand j’ai réalisé que rien n’était prévu pour les travailleurs indépendants, j’ai écrit un post assez long sur mon compte Facebook privé. J’y expliquais qu’on allait tous se retrouver dans une merde noire… Et j’ai rapidement reçu énormément de retours. L’informaticien avec lequel je travaille m’a vite appelé et m’a dit « Vu comme ça démarre, il faut que tu fasses une page. » Une page nommée sobrement « INDEPENDANT », pour entretenir une communauté, organiser des échanges, partager des informations et des témoignages. « A partir de là, ça s’est enchaîné très vite et de manière assez naturelle, avec la mise en place de webinars, d’interviews en live avec certains de nos politiques, comme Willy Borsus qui est directement concerné. »

Pendant le confinement, quand j’ai réalisé que rien n’était prévu pour les travailleurs indépendants, j’ai écrit un post assez long sur mon compte Facebook privé

Parler vrai

Vincent Maillen le dit sans détour : l’objectif de base de ce groupe Facebook, c’est d’éviter un maximum de faillites. De prendre les choses en mains, donc. D’agir avant qu’il ne soit trop tard. « Ce qui me motive depuis le début, c’est de trouver des solutions avec les gens qu’on rencontre et avec lesquels on travaille. L’indépendant n’est pas quelqu’un qui quémande des aides faciles, c’est une personne qui veut s’en sortir, qui veut travailler, qui veut que ça marche. C’est ça que je cherche à mettre en avant. » Et c’est aussi ça qui marche : la franchise et l’espoir. « Depuis le début de cette histoire, je parle vrai, sans langue de bois et avec des personnalités pertinentes, quel que soit le parti, la femme ou l’homme politique : je fais la part des choses et toujours bénévolement, en essayant de rester dans la communication constructive, pas dans l’émotionnel, même si des milliers de personnes jouent leur vie, moi y compris. Du coup, les gens ont confiance. »

L’objectif de base de ce groupe Facebook, c’est d’éviter un maximum de faillites. Depuis le début de cette histoire, je parle vrai, sans langue de bois et avec des personnalités pertinentes

Deux poids, deux mesures

Sans vouloir stigmatiser les travailleurs du pays, le fondateur de « INDEPENDANT » met en lumière les difficultés financières conséquentes à la crise sanitaires qui secouent beaucoup plus violemment les Belges qui travaillent à leur propre compte que les autres. « Il n’y a pas photo ! Prenez les fonctionnaires et les salariés qui touchent 100% de leurs paies depuis le début de l’épidémie, avec les dépenses qui diminuent : tant mieux pour eux, mais ils subissent la crise COVID sans aucun souci financier. Pendant ce temps-là, l’indépendant qui ne peut plus travailler, et dont le chiffre d’affaires ne redémarre pas, il vit doublement la crise ! Ces gens-là ont besoin d’aides, ils ont besoin d’argent ! Il est urgent d’annuler leurs cotisations sociales, il faut des décisions radicales maintenant, hier même ! Mais pas dans un mois. »

Sauvetage en hautes mers

Mathématiquement, Vincent Maillen est persuadé qu’un coup de pouce financier de l’état aux indépendants serait une excellente opération pour l’ensemble de l’économie belge. « Aujourd’hui, si on est 300.0000 indépendants en Belgique et que certains d’entre nous ont besoin de 20.000€ ou 30.000€ pour s’en sortir, ça coûtera assurément moins cher aux caisses du pays de sortir ces sommes aujourd’hui que de rattraper les drames sociaux et économiques qu’il faudra affronter dans quelques années, voire dans quelques mois !  Et puis il y a aussi la question de l’outil : si on perd les TPE et les PME de Wallonie, on va perdre bien plus que des chiffres et des euros… » D’ailleurs, dans son combat, Vincent Maillen accorde une place importante aux échanges et témoignages. « Beaucoup des messages que je reçois viennent d’indépendants qui sont au bout du rouleau. J’ai envie de leur dire de ne pas perdre courage ! Évidemment qu’on ne devient pas indépendant pour aller pousser la porte du CPAS, mais il faut le faire ! Et surtout, il faut continuer à utiliser le groupe en tant que relais, que les médias continuent de nous suivre, de faire remonter nos messages, et puis voir ce qu’il se passe. »

Si on perd les TPE et les PME de Wallonie, on va perdre bien plus que des chiffres et des euros

Prendre les politiques par la main

Renforcé par la communauté qui le suit, Vincent Maillen parvient déjà à interpeller les autorités compétentes en la matière. Il trouve des oreilles attentives, mais pas forcément de bons guerriers efficaces. « Tout le monde politique connait le problème et je pense que sur le fond, ils ne sont pas de mauvaise volonté. Mais on est face à une administration compliquée qui traîne, pendant qu’on parle de contrôle fiscal et contrôles de douane… Et chaque jour qui passe, il y a quelqu’un qui ne paie pas son loyer, son ONSS, et le politique n’a pas de réponse… Willy Borsus annonçait une prime de 3.500€ fin juillet, on est en septembre et les gens n’ont toujours rien reçu. Il faut une administration qui nous soutienne plus solidement et qui nous fournisse les outils pour tenir le cap. On est dans l’urgence absolue ! » Les idées sont là, donc, mais le chemin est long. « La lenteur des prises de décisions politiques est souvent due au système institutionnel qui doit être revu. Le fédéral, le régional, on se rend compte que ça ne fonctionne pas au niveau de la communication et ça fait perdre énormément de temps à tout le monde ! La multiplication des responsables fait qu’il n’y a plus de responsable. Le politique n’est pas coupable de tout, mais il est responsable s’il ne fait rien pour que ça change. Alors maintenant il faut arrêter de tourner autour du pot et arrêter de jouer les politiciens qui se grattent pour se faire rire ! »

La multiplication des responsables fait qu’il n’y a plus de responsable. Le politique n’est pas coupable de tout, mais il est responsable s’il ne fait rien pour que ça change

Poigner dedans !

Un indépendant, plus que quiconque, se le répète chaque jour « On n’est jamais mieux servi que par soi-même. » Alors Vincent Maillen passe à l’attaque. « Je ne vous cache pas que j’ai fait un travail en sous-marin depuis deux mois. J’ai contacté les patrons de Fédérations, de l’UCM, … On a élaboré 42 questions sur le travail institutionnel, sur l’après-Covid, les mesures à court, moyen et long-terme pour sauver les indépendants. J’ai fait un rapport de tout ça et je l’ai remis au ministre Prévot en expliquant que c’était ça les réalités du terrain et qu’il était temps de nous écouter. » Écouter les indépendants, cette part de la population parfois mal vue et trop souvent abandonnée. Et pour se faire entendre, rien de tel que nos bases : l’Union fait la force.

2 comments on this message

  1. Il est temps de mettre la pression sur les banques qui ont été sauvées à grands coups de millions en 2008. L’attribution du prêt ricochet dépend uniquement de leur bon vouloir et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles n’y mettent pas beaucoup d’entrain. Couronnée du prix AWA de la femme entrepreneuse de Wallonie et Bruxelles dans la catégorie Starter en 2019, ayant réalisé un bon chiffre d’affaires lors de ma première année, affichant d’excellentes perspectives de reprises par le fait que mes clients sont actifs principalement dans les domaines pharmaceutiques et des centres de données et demandant ce prêt ricochet pour renforcer ma trésorerie mais aussi et surtout pour investir dans une plate-forme d’e-learning afin de digitaliser au maximum mes services et me relancer au plus vite tout en me préparant pour le futur, j’ai été bien surprise de voir toutes les portes se fermer devant moi ! Seule banque à avoir accepter d’examiner mon dossier : la CBC, mais un refus malgré toutes les garanties apportées, suivi du conseil de demander à un proche de me faire un prêt coup de pouce pour débloquer la situation. Malgré l’ubuesque de la situation (il faut apporter de l’argent pour qu’on vous en prête), j’ai sollicité ma maman qui a accepté et maintenant, la CBC m’explique qu’ils sont d’accord de me faire un prêt ricochet mais maximum sur le montant prêté par ma maman, pas plus ! En gros, on fait « moit’-moit’ » alors que l’argent prêté par les banques est garanti à 75% par l’Etat. Vous avez dit mauvaise foi ???

  2. Tout à fait d’accord, cela fait 10ans que je dis à mon mari mais plus on avance et plus c’est compliqué de résoudre les plus petits problèmes. Ex. Papiers, informations,
    C’est à dire que l’on à l’impression que quand on atteint un service public,ou autre comme engie, belgacom.. 1 emploi est égal à 1 compétence c’est dingue ça, il faut pas demander 2 choses différentes à la même personne alors que nous indépendant c’est tout l’inverse. Ça me révolte.