Management et gig economy ? Quatre connexions notables !

Gérer des équipes hybrides composées de collaborateurs fixes et indépendants, représente un vrai défi pour les managers. Pouvoir déterminer ce qui fait le succès des freelances donne aux managers un certain nombre d’indications.

Sur le marché du travail flexible actuel, il existe de plus en plus d’équipes hybrides : auprès des collaborateurs fixes, et aussi parmi eux, il y a la présence de freelances. Cela place les managers face à de nouveaux défis. Car comment faut-il évoluer dans un contexte hybride ? Comment obtenir une coopération optimale ? Sous peu, la Vlerick Business School va initier une thèse doctorale sur le sujet, menée par Neveen Saied. La professeure Katleen De Stobbeleir, qui dirige le Centre for Excellence in Leading Agile Organisations à la Vlerick, lève déjà pour nous un coin du voile.

Quatre connextions

Katleen De Stobbeleir fait d’abord référence à une étude de Gianpierro Petriglieri, Susan Ashford et Amy Wrzesniewski, intitulée ‘Agony and Ecstasy in the Gig Economy:  Cultivating Holding Environments for Precarious and Personalized Work Identities’. « Alors qu’un travailleur se trouve généralement dans les limites sécurisées d’une entreprise – l’holding environment -, le freelance est lui confronté à nombre d’incertitudes. Gianpierro Petriglieri, Susan Ashford et Amy Wrzesniewski ont observé comment les freelances créent leur propre environnement afin de se sentir suffisamment en sécurité, et de pouvoir s’épanouir dans leur travail et l’accomplir positivement. C’est ce que l’on désigne par personal holding environment. »

La professeure Katleen De Stobbeleir, qui dirige le Centre for Excellence in Leading Agile Organisations à la Vlerick.

 

Les trois co-auteurs de l’étude ont remarqué que les gig workers confirmés ont ainsi déterminé quatre connexions, reprenant la localisation, les routines, la liste des personnes et l’objectif, afin d’établir une sécurité suffisante. Les gig workers qui vivent le mieux leur situation sont ceux qui se sont choisis des endroits bien définis pour exercer leurs talents – que ce soit un coffee shop ou une pièce de leur habitation. De leur côté, les freelances confirmés semblent également vouloir se raccrocher aux routines, alors qu’initialement leur choix de carrière a été inspiré par un besoin de flexibilité.

De plus, des relations professionnelles avec des personnes adéquates sont utiles pour leur productivité, leur créativité et, selon les co-auteurs de l’étude, leur équilibre. Et quid de leur objectif ? « Afin de pouvoir ‘prospérer’, les freelances ont avant tout besoin de ressentir qu’ils participent à la construction de quelque chose d’important, et non de passer d’un gig à un autre », résume Katleen De Stobbeleir.

Points d’attention pour le manager

Comment les managers peuvent-ils réagir ? Pour les deux premières connexions, la localisation et les routines, notre experte insiste sur le fait que les entreprises doivent comprendre que cette relation est importante, et qu’elles doivent donc en tenir compte. « Cela ne signifie pas que les entreprises doivent prévoir un lieu de travail pour leurs gig workers, mais qu’elles doivent s’informer sur le lieu de travail habituel de ces collaborateurs indépendants », explique-t-elle. « Et cela risque de ne pas fonctionner si l’on tente d’imposer des routines. Il vaut mieux voir avec le freelance comment il ou elle souhaite travailler et de là convenir d’un certain nombre de routines, afin de permettre au freelance d’organiser ses tâches en tenant compte de ses autres clients. »

L’importance de la connexion avec des personnes adéquates entraîne que les entreprises doivent considérer les freelances comme des partenaires à part entière, et non comme des sous-traitants interchangeables. « Nous connaissons une pénurie sur le marché du travail, et il faut donc veiller à fidéliser et à développer chaque talent, y compris les gig workers », dit encore Katleen De Stobbeleir. « Si les managers sont généralement disposés à coacher et à donner du feedback à leurs collaborateurs fixes, force est de constater qu’ils sont moins empressés de le faire vis-à-vis de leurs collaborateurs freelances. C’est une erreur, car en respectant cela ils parviendront à mieux les fidéliser. »

Quant à la connexion avec un objectif élevé, si elle reste importante, il faut admettre que les freelances n’ont pas tous un long trajet jalonné de missions. « Dans ce cas, il peut être intéressant pour l’entreprise de les connecter d’une façon ou d’une autre aux objectifs de l’organisation. Quand les collaborateurs, et cela vaut pour les freelances, savent que leurs tâches s’intègrent dans un ensemble plus vaste, ils ne peuvent que s’épanouir me semble-t-il. Donc, soit vous avez la chance d’avoir un gig worker qui sait parfaitement pourquoi il a accepté sa tâche, et alors le but sera atteint. Soit ce n’est pas le cas, et il sera dès lors primordial que l’organisation réalise ce lien. »

Freelance journalist. Doet van horen, zien en schrijven over o.a. HR en de arbeidsmarkt.

Voir tous les articles de Timothy Vermeir