Federgon met le cap sur l’avenir : “l’ancien normal ne reviendra pas”
Le 12 mars, dans la foulée de son AG, Federgon levait le voile sur les résultats de son étude stratégique prospective. Le thème : Shaping Tomorrow – Finding the Silver Linings. Membres et invités de la fédération des prestataires de services RH étaient au rendez-vous. Au programme : le keynote de Jo Caudron, stratège en innovation. Une table ronde avec la nouvelle présidente Rika Coppens. Et le lancement officiel du Plan d’action 2026.
Ann Cattelain: ” L’avenir ne nous tombe pas dessus “
La CEO Ann Cattelain a ouvert la réunion par un scoop : après trois ans, Kathy Scheerlinck, CEO de RGF Staffing, cède la présidence à Rika Coppens, CEO de House of HR. Et ce n’est pas tout. Ann Cattelain a décrit un marché du travail sous pression (baisse du volume des missions intérimaires, incertitude géopolitique, alourdissement de la réglementation européenne), sans pour autant céder au pessimisme.
« L’avenir ne nous tombe pas dessus. Il se construit à travers des choix, des collaborations et l’espoir. » Son message était la clé des silver linings, la base de la réunion : pas de fuite devant la réalité, mais une recherche consciente d’opportunités réelles en période d’incertitude structurelle.
Pour 2026, Federgon présente ces quatre priorités stratégiques :
- Protéger l’esprit entrepreneurial et réduire les charges administratives. Notamment en luttant activement contre la surréglementation.
- Soutenir les réformes du marché du travail. Mais les associer à un accompagnement ciblé des personnes en maladie de longue durée et des chômeurs, assuré par des prestataires privés de services RH.
- Suivre de près l’agenda européen. En accordant une attention particulière à l’AI Act, à la transparence salariale et au futur Quality Jobs Act.
- Rétablir des conditions de concurrence équitables dans le secteur de l’intérim. Notamment grâce à une procédure accélérée de « permis unique » et à une réglementation adéquate en matière de précompte professionnel.
« Sans expertise privée, le marché du travail piétine » : le message clair adressé par Ann Cattelain aux décideurs politiques.
Jo Caudron: « Nous sommes à la fin de l’ancien normal »
Jo Caudron, cofondateur de Scopernia, a présenté son rapport final sur l’exercice prospectif. Un projet auquel ont participé plus d’une centaine de membres Federgon au cours de l’année. Pas une liste abstraite de tendances. Mais bien le résultat consolidé de cinq sessions de travail et d’un cycle de validation auprès de l’ensemble des membres. Résultat : 75 ‘drivers of transformation’ et pas moins de 91 actions possibles, regroupées en trois grands domaines. Son aperçu était délibérément éclectique et synthétique : impossible d’expliquer en à peine 40 minutes cette richesse d’initiatives et de projets.
Son point de départ était provocateur, mais clair : « Nous sommes à la fin de l’ancien normal. » La relative stabilité qui a régné pendant les quatre-vingts années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Une période unique de démocratisation, de croissance économique et de protection sociale. Ce cycle approche de son apogée. Non pas comme une catastrophe, mais comme un tournant logique dans ce qu’il appelle la courbe en S de toute civilisation. Dicton bouddhiste à l’appui: Celui qui continue à gravir la même montagne doit, à un moment donné, apprendre à voler.
Caudron a regroupé les forces qui annoncent ce tournant en trois domaines.
- Intelligence artificielle et numérisation : l’IA prend déjà en charge des tâches intellectuelles répétitives. Conséquences particulièrement douloureuses pour les jeunes diplômés qui ne peuvent plus suivre le parcours classique des débutants. « Il s’agit d’un problème existentiel pour la transition du niveau junior au niveau intermédiaire. »
- Changements sociétaux : cinq générations cohabitant sur le lieu de travail. Des carrières linéaires cédant la place à des ensembles de tâches modulaires. Et une exigence de flexibilité qui doit être réciproque : la flexibilité fonctionne dans les deux sens, les employés qui la réclament doivent aussi l’offrir en matière d’employabilité.
- Géopolitique : la relocalisation des industries stratégiques vers l’Europe n’est plus une option, mais une nécessité. Cela exige toutefois des compétences que nous avons en grande partie perdues. « Outre le retour sur investissement et le retour sur capitaux propres, nous devons commencer à raisonner en termes de retour sur sécurité. La production en Europe coûtera plus cher pour de nombreux produits. Mais elle aura également un impact positif sur l’emploi et permettra d’éviter les incidents de sécurité liés à l’énergie, à la technologie ou à la chaîne d’approvisionnement. Ce coût en vaut peut-être la peine. »
De l’analyse à l’action
Pour conclure, Caudron a présenté cinq grandes « tendances-cadres ». Non pas comme des prévisions, mais comme un cadre permettant les bons choix. Elles constituent une ligne directrice pour tout prestataire de services RH qui souhaite se positionner pour les cinq prochaines années.
Les 5 tendances de fond pour les prestataires de services RH
- L’IA devient une exigence de base. La valeur ajoutée humaine devient un facteur de différenciation. La technologie ne sera bientôt plus un facteur de différenciation, mais un minimum requis. La véritable valeur réside dans le jugement humain, les relations contextuelles et l’accompagnement. Ce que l’IA n’est pas (encore) en mesure de gérer aujourd’hui.
- Le travail générique devient une « commodity » . L’expertise gagne en valeur. La numérisation et l’IA exercent une pression sur les marges des profils standard. Ceux qui s’orientent vers des niches telles que l’expertise en IA, l’ESG, la cyberdéfense ou l’énergie créent une valeur ajoutée durable.
- Les carrières deviennent fluides et modulaires. Le parcours professionnel linéaire cède la place à des changements de poste fréquents de poste, de projet, de secteur et de statut. Les prestataires de services RH deviennent des maillons essentiels en tant qu’« architectes de carrière » et accompagnateurs de transition.
- La flexibilité devient réciproque. Les employés demandent de la flexibilité en termes d’horaires et de lieu de travail ; les employeurs exigent de la disponibilité. Les prestataires de services RH endossent le rôle de « gardien de l’équilibre » entre ces deux intérêts économiques et humains.
- Le secteur passe du « matching » au « meaning ». Le cœur des services RH évolue : moins de CV en réponse à des offres d’emploi, davantage d’interprétation, d’accompagnement et d’orientation dans un marché du travail complexe. L’impact se fait sentir là où le travail est organisé de manière significative, réalisable et tournée vers l’avenir.
En conclusion, Jo Caudron a illustré ses tendances de manière concrète et sur mesure pour certaines branches de Federgon, telles que l’intérim, le recrutement et l’outplacement. Quels changements faut-il attendre et que devriez-vous faire dans votre business ?
Et maintenant ? Federon se met au travail sous la bannière Shaping Tomorrow. L’organisation lancera également très prochainement un Readiness Scan, développé en collaboration avec l’UC Leuven-Limburg. Les membres pourront évaluer leur propre niveau de préparation dans les cinq domaines de tendance, en se référant à un benchmark sectoriel.
Coppens: “Nous sommes les araignées de la toile”
En tant que nouvelle présidente, Rika Coppens a brossé un tableau réaliste de la situation actuelle du secteur. En tant que CEO de House of HR, elle est confrontée quotidiennement à ces défis de l’intérieur : « Il y a beaucoup de choses à gérer en même temps. En tant que dirigeante, il n’est pas facile de déterminer la priorité absolue ». Elle visait la tension concrète liée à l’introduction de l’IA dans les processus internes. Le taux d’adoption parmi les collaborateurs est plus faible que prévu, car le message semble contradictoire. « On demande aux gens de prendre davantage d’initiatives et de travailler plus vite, alors qu’ils se demandent si cela ne va pas faire disparaître leur emploi. »
On demande aux gens de prendre davantage d’initiatives et de travailler plus vite, alors qu’ils se demandent si cela ne va pas faire disparaître leur emploi.
Son approche n’est pas technologique, mais avant tout pédagogique : expliquer pourquoi le changement est nécessaire, rallier les gens à cette cause et mettre en avant les opportunités. « Si nous ne mettons pas en œuvre le changement, d’autres le feront. Les perturbations pour notre entreprise n’en seront que plus importantes. » Rika Coppens décrit le rôle des prestataires de services RH dans cette transition à l’aide d’une image qui a marqué les esprits : «Nous sommes les araignées dans la toile : nous sommes au cœur de l’écosystème des employeurs, des employés et du marché du travail. C’est précisément là que nous devons investir. Et c’est précisément là que se trouvent les opportunités.»
Si vous souhaitez obtenir plus d’informations à ce sujet, adressez-vos à Federgon pour obtenir le Plan d’action 2026 intitulé ‘ À la recherche de lueurs d’espoir… Opportunités pour les prestataires de services RH en ces temps pleins de défis.’
Continuez sur votre lancée :
