Farah Laporte de Refu Interim : « Si chacune des parties fait preuve du même degré de tolérance, bien des solutions sont envisageables. »

Les entreprises sont, aujourd’hui, de plus en plus nombreuses à s’engager en faveur de la diversité. La prise de conscience se fraye tout doucement un chemin. Et c’est une bonne chose. Il y a en effet, en Belgique, encore trop de postes vacants, faute de talents. Des talents bien souvent cachés dans un endroit discret et inhabituel qui demeurent inaperçus. Refu Interim, parce que son rôle est de jeter des ponts – et non de se contenter d’être une agence d’intérim au sens classique du terme – met tout en œuvre pour dénicher des talents parmi les nouveaux arrivants (demandeurs d’asile et réfugiés) et les mettre en relation avec des organisations et des entreprises.

Sa responsable, Farah Laporte précise : « Entre 2015 et 2018, près de 100 000 réfugiés et demandeurs d’asile sont arrivés en Belgique ; la moitié a alors été accueillie. Autrement dit, une énorme source de talents externes pouvant être un atout indéniable. Ne vous méprenez pas : ces personnes ont tout laissé derrière elles dans leur pays. Elles témoignent de beaucoup de courage, de persévérance et d’esprit d’entreprise. Des compétences recherchées, de nos jours, par toutes les entreprises et organisations. Nous réalisons néanmoins qu’il y a encore un grand vide à combler. »

Ces personnes ont tout laissé derrière elles dans leur pays d’origine. Elles témoignent de beaucoup de courage, de persévérance et d’esprit d’entreprise. Des compétences recherchées par toutes les entreprises et organisations de nos jours.


À propos de Farah Laporte

Farah Laporte, responsable de REFU Interim, vit à Gand, entourée de sa famille. Elle a vu naître au cours d’une année d’échange en Bolivie une forte motivation à s’engager et à poursuivre ses actions positives en faveur de la population et de la société. Elle l’a concrétisée en étudiant l’histoire et les matières « Conflict & Development  » à l’Université de Gand, mais aussi en s’engageant activement comme volontaire au CATAPA et, plus tard, dans son travail dans le domaine des droits de l’enfant. D’abord à SOS Villages d’Enfants au service des projets internationaux, puis à la Kinderrechtencoalitie, homologue flamand de la Coordination des ONG pour les droits de l’enfant (CODE). Elle y a été interpellée par la question de la migration et a été confrontée aux enjeux essentiels que représente le respect de la dignité humaine dans une société d’accueil. Elle est aujourd’hui à la tête de REFU Interim, une organisation désireuse de favoriser l’intégration sociale et professionnelle des nouveaux arrivants en leur trouvant un emploi de volontaire dans les secteurs social et culturel au sens large.


L’humour comme levier au service de l’intégration

La mission fondamentale de Refu Interim est de rapprocher les nouveaux arrivants et les organisations par le biais du volontariat et de leur faire prendre conscience que cette synergie ouvre de grandes perspectives. « Nous voulons promouvoir la responsabilisation professionnelle et l’autonomie sociale des demandeurs d’asile, des réfugiés et d’autres groupes confrontés à une expérience de migration. Nous les accompagnons dans leur parcours vers le monde du travail et leur donnons le coup de pouce dont ils ont besoin pour se bâtir un réseau social. Nous encourageons chaque nouvel arrivant à utiliser et à exploiter au mieux son potentiel », explique Farah Laporte.

Cette magnifique initiative est le fruit d’une réflexion née en 2016, en pleine crise des réfugiés, lors des Gentse Feesten (« Fêtes gantoises »). Le collectif artistique, CirQ, qui est derrière de nombreuses créations pendant les dix jours de l’événement en question et réputé pour son humour décapant concernant les questions de société, a décidé d’engager 70 nouveaux arrivants pour son spectacle de théâtre « BataHlan ». « Un zeste de folie nageant dans beaucoup de bonne humeur, telle a été la recette de ce projet. BataHLan est une œuvre où les rôles sont inversés. BataHLan devient la terre promise, le public les réfugiés », raconte Farah. « Et l’accueil fut tellement chaleureux de la part du public, mais aussi des nouveaux arrivants. » Un moment magique : nous avons vu ces personnes s’épanouir, découvrir leurs propres talents, nouer de nouveaux contacts, voire des amitiés. EIles ont pris confiance en elles. »

La demande est considérable. Nous ne pouvons pas, hélas, aider toutes les personnes qui se présentent. L’offre et la demande sont loin d’avoir atteint l’équilibre.

Un projet à fort potentiel

Le succès rencontré par la troupe du BataHLan nous a donné envie d’en faire plus, mais il a aussi montré clairement que le projet prenait trop d’ampleur et nécessitait de mener une initiative spécifique en la matière. Il était évident que cette expérience présentait un grand potentiel. « C’est alors que Refu Interim a été créé, avec le soutien des autorités publiques et de la ville de Gand », poursuit Farah. « Nous ne sommes pas une agence d’intérim dans le sens habituel du terme, mais nous fonctionnons de la même façon. D’une part, nous cherchons de nouveaux arrivants, par exemple pendant nos journées d’accueil et nous avons aussi des contacts étroits avec les centres d’asile et les CPAS. D’autre part, nous essayons de trouver des organisations qui ont besoin de volontaires. À ce jour, cela concerne principalement les milieux culturel et social. Peu à peu, d’autres secteurs commencent à suivre.

Après avoir ouvert un bureau à Gand, Refu Interim s’est installé à Ostende, puis Courtrai, Saint-Nicolas et Lokeren. La ville de Louvain, quant à elle, a mis en place une collaboration étroite avec l’ensemble des nouveaux arrivants.

« En 2019, nous avons obtenu des subsides de Fedasil nous permettant de poursuivre nos efforts. » Nous sommes, pour le moment, présents dans les centres d’asile de Menin, Saint-Nicolas, Bruges et Gand, indique Farah. « 8 personnes, parmi lesquelles de nouveaux arrivants, font partie de l’équipe. La première année, nous avons aidé 150 réfugiés à trouver un travail de volontaire, en 2018 ils étaient 250, en 2019, déjà, 567. La demande est considérable. Nous ne pouvons pas, hélas, aider toutes les personnes qui se présentent. L’offre est loin d’être à la hauteur. »

En quête de la parfaite concordance

« Nous mettons alors en relation les deux parties en vue de leur trouver des missions bénévoles. Nous procédons d’abord à une vérification minutieuse des talents, des compétences et des intérêts des nouveaux arrivants. Nous avons par ailleurs dressé la liste des attentes des entreprises. Nous préparons ensuite les nouveaux arrivants à se mettre au travail, notamment par le biais d’ateliers. Si tout se passe bien, ils commencent à travailler sous un statut légal de volontaire.

Ils, hommes ou femmes, reçoivent généralement un défraiement qui tourne autour de 35 euros par jour. La principale richesse dont ils bénéficient est de pouvoir disposé de nombreuses compétences de valeur qui leur permettront de progresser sur le marché du travail et dans la vie : apprendre le néerlandais, établir un réseau, gagner en confiance, développer ses propres talents… bref, tout ce dont ils ont besoin pour se construire une nouvelle vie, en Belgique. Nous constatons en règle générale que les nouveaux arrivants trouvent un « véritable » emploi après leur volontariat. C’est la récompense suprême. »

À toutes les organisations culturelles avec lesquelles nous collaborons et qui veulent faire quelque chose pour les réfugiés, je dis : Ne faites pas quelque chose les concernant ou à leur attention, mais faites-le avec eux.

La diversité est une valeur ajoutée

« Selon des recherches scientifiques, les nouveaux arrivants qui ont la possibilité de mentionner leur engagement comme volontaire sur leur CV ont moins de difficultés à faire face à la discrimination sur le marché du travail. Les craintes des employeurs sont en partie déjà dissipées. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un vrai travail pour les réfugiés, il peut constituer un excellent point de départ », poursuit Farah. « Nous constatons aussi de plus en plus que les entreprises sont prêtes à agir de la sorte.

« De nombreux obstacles subsistent, toutefois. L’inconnu suscite souvent la peur. Voilà pourquoi nous organisons périodiquement des sessions de team-building pour les entreprises, sous forme d’ateliers en présence des nouveaux arrivants. Elles réalisent alors souvent très vite que cette inquiétude n’est pas toujours légitime.

La diversité est une valeur ajoutée indéniable. Une stratégie d’entreprise plus solidaire est un atout majeur, non seulement au sein de l’organisation, mais aussi vis-à-vis des clients et des interlocuteurs.

Manque de temps et de ressources entrave souvent le bon déroulement des opérations. La demande des entreprises est, elle aussi, très ambitieuse. Les nouveaux arrivants doivent par exemple faire preuve de beaucoup de souplesse : leur néerlandais doit être impeccable, ils doivent disposer de leur propre moyen de transport… des exigences qui, à vrai dire, ne sont pas toujours évidentes pour les réfugiés. Mais, cette flexibilité n’est pas toujours réciproque. Si la situation évoluait, si les deux parties se rapprochaient sur ce point, on pourrait accomplir de bien belles choses.

Car la diversité demeure une valeur ajoutée indéniable. Une stratégie d’entreprise plus solidaire est un atout majeur, non seulement au sein de l’organisation – les métiers en pénurie pourraient trouver preneur dans la mesure ou bon nombre de nouveaux arrivants sont (hautement) qualifiés – mais aussi vis-à-vis des clients et des interlocuteurs. Car votre organisation reflètera, donc, mieux la société. « À toutes les organisations culturelles avec lesquelles nous collaborons et qui veulent faire quelque chose pour les réfugiés, je dis : Ne faites pas quelque chose les concernant ou à leur attention, mais faites-le avec eux. »

En savoir plus ? Découvrez le site web deRefu Interim.


Women in Contingent Workforce Management

Un nombre grandissant d’organisations procèdent à la sélection professionnelle de leurs talents externes. NextConomy propose une sélection d’interviews autour du thème central Women in Contingent Workforce Management. Ces entretiens sont destinés à inspirer et à échanger des idées avec toutes les personnes impliquées de près ou de loin dans le recrutement de talents externes. Nous voulons en particulier montrer aux femmes qu’il existe des carrières passionnantes dans un domaine encore relativement nouveau et inconnu, mais tourné vers l’avenir et d’une importance stratégique croissante pour les organisations.