"Exploring the future of work & the freelance economy"

« Dès que la confiance fera à nouveau son apparition, on assistera à une relance des vocations »

Représenter 42.000 indépendants alors que nous sommes en pleine crise du coronavirus, n’est pas une mince affaire. Mais pour le Syndicat Neutre des Indépendants (SNI), la crise apporte toutefois son lot d’avantages. Rencontre avec Christophe Wambersie, son secrétaire général pour Bruxelles et la Wallonie. Nous avons parlé de revendications exhaussées, d’onboarding et de freelances.

Indépendant ou Freelance

Au SNI, on ne fait pas de différence entre freelance et indépendant. « Soit vous êtes indépendant, soit vous ne l’êtes pas. Et si vous êtes entre les deux, vous êtes peut être un faux indépendant… C’est la fameuse discussion sur le lien de subordination et l’autonomie de fonctionnement. Pour revenir sur votre définition du freelance, je me demande si le fait d’être un ‘indépendant sans personnel et de louer sa main-d’œuvre, ses connaissances ou sa créativité’, constitue une différence telle qu’elle nécessite un positionnement différent ? Pour moi, le freelance est avant tout un indépendant, mais nous restons ouvert à toute proposition qui aiderait davantage les freelances à se développer » explique Christophe Wambersie.

Pour moi, le freelance est avant tout un indépendant

La question des statuts

Une des revendications du SNI consiste à reporter toute amélioration généralement de nature sociale apportée à un statut (généralement celui d’employé) au statut d’indépendant. Pour Christophe Wambersie, l’objectif est d’éviter les décrochages, déjà trop fréquents. « Nous ne sommes pas hermétiques à un rapprochement des statuts. Le fond du problème reste un financement structurel pour arriver à une égalité des statuts. N’oublions pas qu’aujourd’hui, contrairement à l’employé, c’est l’indépendant qui paye pour la gestion de sa propre sécurité sociale. Nous exigeons donc, par exemple, que les caisses d’assurances sociales soient et restent au service des indépendants. »

L’onboarding en entreprise

Si les entreprises sont souvent ‘formatées’ pour accueillir et encadrer des employés, le SNI ne relève pas vraiment de frustration liée à l’onboarding du côté des consultants indépendants. « Si la problématique devait être étudiée, je pense qu’il faudrait d’abord demander aux indépendants concernés ce qui les aiderait à vivre leurs missions dans de meilleures conditions. Confier le recrutement et l’onboarding aux RH ou aux Achats est discutable. Les RH s’assimilent plutôt à un cadre plus normatif, probablement opposé au principe de l’indépendant, alors que les Achats impliquent une notion de fournisseur de service. Bref, l’intérêt de la personne qui contracte avec l’indépendant est d’entretenir une relation contractuelle la plus efficiente possible. L’objectif reste un résultat utile pour l’entreprise. »

Starters vs Freelances

Christophe Wambersie constate un taux de création d’entreprises en baisse de 12% par rapport à la même période en 2019. « La crise sanitaire fait partie de l’explication, mais en Belgique il subsiste encore une certaine perception de risque liée au statut d’indépendant. Parallèlement, on peut s’attendre à une augmentation des starters. Un phénomène déjà connu lors de crises impliquant une hausse du chômage et des licenciements. Nous allons vers une situation hybride. Ce qui est certain, c’est qu’il faut rapidement retrouver un rythme de fonctionnement et une stabilité, au moins à moyen terme. Dès que la confiance fera à nouveau son apparition, on assistera à une relance naturelle des vocations. »

Dès que la confiance fera à nouveau son apparition, on assistera à une relance naturelle des vocations

L’accès aux mesures d’aide

Dans le cadre de la crise du coronavirus, Christophe Wambersie souligne l’efficacité dont le ministre Ducarme et le parlement fédéral ont fait preuve : « Sans cette réactivité accrue, les indépendants n’auraient pas touché un euro cent ! Et si personne n’a été oublié, tout le monde n’était pas forcément autant concerné. « Le droit passerelle est accessible partie en majeure partie sur base du statut d’indépendant à titre principal. Quant aux mesures régionales, elles concernent effectivement les activités B2C pour les indépendants ayant pignon sur rue, et qui étaient dans l’obligation de fermer leurs portes. Pour les autres, les mesures liées à la baisse du chiffre d’affaires forment la bouée de sauvetage, qu’il s’agisse d’une profession libérale ou d’un indépendant. »

Institutionnaliser le droit passerelle

Le SNI plaide depuis 2018 pour un assouplissement du droit passerelle. Une sorte de filet de sécurité qui permet d’accompagner l’indépendant dès que sa situation économique le force à se réorienter. « Une indemnisation pour une période définie, mais selon des conditions plus larges qu’actuellement. Si la crise a bien permis de mettre le doigt sur quelque chose de sensible, c’est le besoin d’institutionnaliser le droit passerelle et de supprimer toute une série de règles à la con en vue d’une efficacité administrative accrue », relève avec vigueur Christophe Wambersie.

La crise a mis le doigt sur le besoin d’institutionnaliser le droit passerelle et de supprimer toute une série de règles à la con en vue d’une efficacité administrative accrue

Télétravail et digitalisation

Pour Christophe Wambersie, nul besoin de souligner que le télétravail fera partie du nouveau normal. Tout comme la transformation numérique de certains indépendants. « Nous avions mené des actions de sensibilisation bien avant la crise sanitaire. Mais depuis, nous mesurons qu’un indépendant sur deux est (enfin) convaincu que le digital fait partie de son arsenal d’activités et de ses nouveaux canaux de vente. C’est bien connu qu’il faut avoir buté contre un mur pour comprendre qu’il est temps de changer de direction. »

Aborder la relance

L’environnement socio-économique et politique est essentiel pour pouvoir se projeter et se (re)lancer. « C’est bien sûr plus facile à dire qu’à faire, j’en conviens, mais la priorité est de constituer le terreau fertile qui permettra d’aboutir à un contexte stable, afin de créer des vocations dans les meilleures conditions possibles. Le droit passerelle est une pierre pour l’édifice, mais nous demandons aux politiques et aux experts de tenir un discours rassurant, ferme et responsable afin d’apporter des perspectives », conclut Christophe Wambersie.

Nous demandons aux politiques et aux experts de tenir un discours rassurant, ferme et responsable afin d’apporter des perspectives

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