"Exploring the future of work & the freelance economy"

Rika Coppens (House of HR) : « Il faut laisser le choix du travail, de la formation et du time off ».

‘Le travail est roi’ planera à plusieurs reprises lors de notre conversation avec Rika Coppens, CEO de House of HR. Alors que collectivement nous recherchons le meilleur équilibre entre travail et vie privée, la Top woman considère son travail comme indissociable de sa ‘vie’. Elle le voit comme une partie intégrante, comme une mission suprême.

En ce sens, son entrée dans le monde du travail effectuée il y a quelques années au sortir de l’industrie pétrolière, est probablement moins étonnante qu’il n’y paraît. Ayant grandi dans un creuset d’indépendants, le travail a toujours fait partie de sa vie. « Je suis souvent irritée d’entendre ces présentateurs radio qui entament bon gré mal gré la semaine de travail le lundi, et qui prennent le large en fanfare le vendredi. Je trouve que l’on ne s’attarde pas suffisamment sur le plaisir que l’on peut éprouver dans son travail, sur l’estime que l’on peut porter à ses collègues. Que le lieu de travail est un endroit où vous pouvez vous exprimer, vous aérer et partager des idées. Travailler, c’est réaliser des choses ensemble, c’est pouvoir faire bouger les choses. Et pas simplement accomplir des tâches. »

Le leadership au féminin

En 2016, Rika Coppens est devenue CEO de House of HR, qui comprend le réseau d’agences d’intérim et de sélection Accent. Elle s’est retrouvée dans un environnement assurément plus féminin que ce qu’elle a connu précédemment. Rika Coppens : « C’est avant tout l’ADN du groupe qui correspond à ma conception du travail : la can-do mentality, le dynamisme, un esprit d’entreprise quasi légendaire. » Jusqu’alors, Rika Coppens avait surtout connu un monde essentiellement masculin dans un milieu financier. « Si le leadership féminin fait la différence ? Je n’en ai d’abord jamais douté et j’ai toujours cru à ma valeur ajoutée. D’autre part, il est scientifiquement prouvé qu’un mix bien pensé au sein des équipes, bien au-delà de la répartition hommes-femmes, apporte de la richesse aux organisations du fait d’un plus large échange des points de vue, des différentes perspectives et des idées plus ouvertement diffusées. En tout cas, il y va de l’intérêt de chaque entreprise d’investir dans ce domaine. »

Les entreprises qui affirment avoir tenté d’incorporer davantage de femmes, mais qui se sont rétractées pour cause de ‘non-fonctionnement’, devraient changer d’angle de vue.

Penser au-delà des structures traditionnelles

Rika Coppens invite les entreprises à se placer hors du cadre traditionnel. « Les entreprises qui affirment avoir tenté d’incorporer davantage de femmes, mais qui se sont rétractées pour cause de ‘non-fonctionnement’, devraient changer d’angle de vue. Pour reprendre les paroles d’Albert Einstein : ‘Insanity is doing the same thing over and over again and expecting different results’. N’hésitez pas à remettre en question votre structure organisationnelle et la composition de votre équipe dirigeante. Demandez-vous pourquoi les femmes et d’autres groupes sociaux sont notamment chez vous sous-représentés. Le travail en mode projet est-il à considérer de manière plus intense ? En remettant en question les bases et en les modifiant, vous entraînez d’emblée la diversité.


Women in Contingent Workforce Management

De plus en plus d’organisations professionnalisent l’engagement de leurs talents externes. NextConomy tenait donc à présenter une série d’interviews dont le thème central est ‘Women in Contingent Workforce Management’. Nous espérons que leur contenu saura inspirer et éclairer tous ceux et toutes celles qui sont impliqués de près ou de loin dans l’engagement d’externes. Nous voulons plus particulièrement dire aux femmes que des carrières passionnantes les attendent dans un domaine relativement nouveau et méconnu, mais qui est résolument tourné vers l’avenir et qui revêt une importance stratégique croissante pour les organisations.


Travailler dans le marché de l’emploi de demain

Aujourd’hui ‘travailler’ ne correspond plus à ce que l’on entendra demain par ‘travailler’, et c’est pour Rika Coppens une évidence. Rika Coppens : « La prise de conscience de notre société évolue. La pénurie que connaît le marché du travail influe sur la relation employeur/travailleur. La nouvelle prise de conscience par rapport à la mobilité nous fait réfléchir à la distance domicile-lieu de travail. C’est ainsi que naissent des choix délibérés de moins s’éloigner de son lieu de résidence. Citons également la possibilité de travailler de manière flexible, qui figure en bonne place sur la liste des priorités des travailleurs. » Selon Rika Coppens, c’est également un moyen de mieux répartir le temps de travail. Mais là où Rika Coppens insiste, c’est sur la perspective de permettre aux travailleurs de se former en permanence. « Lorsque vous savez que plus de 80 % des travailleurs en Flandre estiment ne pas avoir besoin de plus de formation, vous comprenez qu’il est grand temps d’actionner une ‘culture de l’apprentissage’. À l’inverse, il apparaît que les gens recherchent the broader purpose dans leur job. Ils veulent obtenir une vraie réponse à leur questionnement : ‘Pourquoi est-ce que je fais ce travail ? Que représente mon entreprise et quel est son avenir ? ‘.

Un Workforce planning peut devenir plus important qu’un planning financier.

La priorité du Workforce planning

Que doivent faire les entreprises ? Selon Rika Coppens, il y a des choses à mettre en priorité à l’ordre du jour. Car un Workforce planning est en passe de devenir nettement plus important qu’un planning financier. C’est la réponse à un tas de questions comme : ‘ Vers où se dirige notre entreprise ? Comment allons-nous nous organiser ? Qui devrions-nous engager ? Comment nous assurer de l’actualité de nos formations ? ’ Et comment fidéliser nos talents ? Une étude menée au Royaume-Uni montre que les travailleurs âgés entre 55 et 64 ans présentent une ancienneté moyenne de 10 années, alors que ceux âgés entre 25 et 30 ans présentent une moyenne de 2,8 années. Si vous voulez attirer et garder les jeunes, tenez compte qu’ils songent à changer de job tous les 2 à 3 ans.

Donner aux personnes la possibilité de personnellement choisir le pilier qu’elles jugent essentiel à un moment donné de leur carrière.

Time off, travail, formation

L’ambition de Rika Coppens est de poursuivre le développement de House of HR et de déployer les opportunités numériques qui s’offrent au secteur. Mais elle souhaite aussi que les défis du marché du travail soient mis à l’agenda des décideurs politiques. Rika Coppens plaide en faveur d’un réaménagement du marché du travail. Le principe de la rémunération liée à l’ancienneté doit laisser la place à la rémunération liée au travail. Bien gagner sa vie à 65 ans n’a en soi rien de logique. Cela devrait correspondre aux périodes où vous en avez le plus besoin, lorsque les enfants font des études par exemple. Vous pouvez instaurer un système d’épargne pour encourager les personnes à se préparer à prendre du time off, et ainsi vous permettre de réguler les revenus. Plutôt que de maintenir l’approche linéaire classique de formation/travail/pension, Rika Coppens préfère celle concomitante de travail, formation et time off. Cela donne aux personnes la possibilité de personnellement choisir le pilier qu’elles jugent essentiel à un moment donné de leur carrière.

Maintenir les thèmes sociétaux en dehors du débat communautaire

« Il y a en cela une tâche importante que les partenaires sociaux en Belgique doivent accomplir », dit Rika Coppens, et elle veut du reste tenir un rôle de par sa position dans le Conseil d’administration de Federgon. « La politique menée en Belgique ? Il est regrettable que des questions primordiales comme le travail et la pension s’enlisent invariablement dans une joute politico-communautaire, avec pour résultat qu’elles sont considérées comme des sujets tabous auxquels on peut à peine toucher. »

 


À propos de Rika Coppens

 

Rika Coppens rêvait de devenir pilote d’avion F-16. Le film culte Top Gun y est sûrement pour quelque chose, mais cela dévoile également un trait de son caractère : aventureuse, prompte, dynamique, et intéressée par la technique. S’imaginait-elle CEO ? « Je n’y avais jamais pensé, mais après coup, je pense que ce travail est parfaitement à ma mesure. Avec un père ingénieur civil, les attentes me concernant étaient grandes pour que je lui emboîte le pas, mais une orientation purement technique me semblait par trop restreinte. Je n’arrivais pas à choisir entre les langues, la physique et la technique, alors je me suis dirigée vers une formation générale d’ingénieur commercial. En tant que CEO, cette formation de généraliste me sert bien. Tout ce qui m’intéresse est comblé.