"Exploring the future of work & the freelance economy"

La Région wallonne est-elle armée face aux nouvelles formes d’emploi ?

Préparer la Région wallonne à accueillir les nouvelles formes d’emploi. Voilà un des objectifs d’une des dernières études du LENTIC, le centre de recherche de l’Université de Liège. Frédéric Naedenoen, chercheur, nous éclaire sur les recommandations formulées à l’intention des pouvoirs publics. Adapter la sécurité sociale, promouvoir des espaces de coworking et booster la formation, font partie de la liste. 

C’est dans les locaux de LENTIC installés dans le Quartier Agora au Sart Tilman que Frédéric Naedenoen nous accueille. Bienvenus dans la villa Gathy, où une vingtaine de chercheurs s’intéressent de près au nouveau monde du travail. « Nos recherches nous ont d’abord amenés à examiner les parcours professionnels des travailleurs autonomes. Un thème trop peu abordé en Wallonie. Le cabinet du Ministre Régional de l’Emploi nous a accordé un financement pour réaliser une étude sur les initiatives publiques possibles en matière de sécurisation des parcours professionnels flexibles en Wallonie.

Évolution de l’économie du travail : rien n’est prévu

Frédéric Naedenoen nous montre le rapport de l’étude précitée, qui vient d’être présenté à la Région wallonne. « Selon nous, la Région wallonne est très peu armée pour faire face à cette évolution du marché du travail. Tant au niveau légal que celui du soutien public et des partenaires sociaux, rien n’est prévu actuellement pour faire face à cette évolution de l’économie du travail. Jusqu’ici la dichotomie entre salarié et indépendant couvrait la majorité des situations. Mais force est de constater que l’évolution mène à de nouvelles situations, où le travailleur n’est plus vraiment un salarié ni un indépendant. Un constat parmi d’autres qui méritait une étude plus approfondie. Et du reste, pas qu’en Région wallonne… »

Dénominateur commun : l’autonomie

Le LENTIC se montre catégorique : il est difficile de définir le concept de travailleur autonome. Autant de définitions possibles qu’il y a de cas de figure, comme nous l’explique Frédéric : « C’est l’axe du premier chapitre de notre étude : circonscrire cette réalité multiforme : indépendants, freelances, I-Pro, travailleurs portés, … Nous avons donc opté pour le prisme de l’autonomie comme point de comparaison. ». Le résultat est un tableau reprenant un certain nombre de variables qui vont influencer le degré d’autonomie du travailleur. « Le rapport distingue systématiquement trois axes : le statut du travail, le contenu du travail et les conditions de travail. »

3 axes de comparaison

L’axe du statut du travail vise à savoir si la personne est officiellement salariée ou indépendante. « L’axe du contenu du travail permet de comprendre si la personne est autonome dans la manière de réaliser la mission, ou si le rythme et la charge de travail sont imposés. L’axe des conditions de travail relève de la gestion des ressources humaines et le mécanisme de revenus », explique Frédéric, tout en citant l’exemple de Deliveroo : un statut d’indépendant, mais des contraintes et peu d’autonomie.

Études de cas : les intermédiaires

Outre l’enquête auprès des travailleurs autonomes et l’analyse des données statistiques, principalement européennes, disponibles, le LENTIC a procédé à douze études de cas concernant les intermédiaires. « Impossible d’étudier le travailleur autonome sans s’intéresser à ceux qui accompagnent le travailleur autonome ou l’entreprise cliente : plateformes digitales, groupements d’employeurs, coopératives de portage, initiatives de soutien à l’entreprenariat, … nous avons ratissé large. », explique Frédéric Naedenoen.

Recommandations à la Région wallonne

Face à la complexité du sujet, l’équipe de Frédéric a effectué un benchmarking des initiatives prises par des pouvoirs publics à travers l’Europe (et le monde). « Chez nous, en Flandre, le système de ‘loopbaanakkoord’ nous paraît déjà très intéressant : une guidance des travailleurs autonomes (ou non) dans le cadre d’un bilan de leurs compétences et de leur parcours professionnel ». Et un point d’attention révélé par l’étude qui fait l’objet d’une des nombreuses recommandations du LENTIC : « Une meilleure information concernant les chèques-formation en Wallonie. »

Le relatif isolement serait une caractéristique propre aux travailleurs autonomes. « Une des recommandations à l’adresse de la Région wallonne est le financement d’espaces de coworking. Un réseau existe déjà en Wallonie, mais nous pensons que la Région devrait encourager le développement de ses lieux d’échanges et d’opportunités. »

La question de la sécurité sociale est bien sûr abordée dans le rapport. « Le débat du troisième statut est déjà dépassé. Mais nous recommandons l’élargissement ou la redéfinition des statuts sociaux actuels », explique Frédéric.

Adapter la législation oui, réguler pour contraindre non

L’objectif sous-jacent de l’étude est bien sûr de comprendre comment réguler ces nouvelles formes de travail. « Ce qui est certain, c’est qu’il faut soutenir les travailleurs qui se trouvent dans une situation atypique. Les entreprises veulent mixer les talents, et le souhait de plus d’autonomie de la part des travailleurs est devenu une réalité. Donc adapter la législation pour intégrer les spécificités de ce type de travailleur : oui, mais réguler pour contraindre : non ! », conclut Frédéric.

 

Frédéric Naedenoen 

  • Chercheur au LENTIC depuis 15 ans
  • Centres de préoccupation : les nouvelles formes d’emploi, les différences et la coexistence entre salarié et indépendant 

 

LENTIC

  • Laboratoire d’Études sur les Nouvelles formes de Travail, l’Innovation et le Changement
  • Création : 1986
  • Centre de recherche et d’intervention de l’Université de Liège, centré sur les processus d’innovation organisationnelle.
  • Autofinancement dont un Professorship de 4 ans en partenariat avec la société Securex