"Exploring the future of work & the freelance economy"

Ive Marx : « Organiser la solidarité au sein des freelances est intrinsèquement difficile. »

Il existe de bons arguments afin d’organiser un minimum de solidarité au sein du groupe très hétérogène que représentent les freelances, explique l’économiste Ive Marx. Un entretien avec pour sujet la différence avec les Pays-Bas, un statut distinct et un race to the bottom qui n’en est pas un.

« Je reviens justement d’un séjour aux Pays-Bas où j’ai participé à un ’peer review’ européen sur le thème ’Precarious work en ZZP’ers’ », nous relate Ive Marx, professeur d’économie à l’université d’Anvers. Un tel peer review est une initiative de la Commission européenne qui, à la demande d’un pays membre, rassemble le monde académique autour d’un thème spécifique.

Une des questions traitées par les experts européens concernait la protection sociale des freelances. La différence sur ce plan entre la Belgique et les Pays-Bas est énorme. Ce qui confirme ce qui est ressorti du dernier débat NextConomy sur le même sujet. <LINK INVOEGEN>.

Ive Marx

Ive Marx : « En Belgique, le choix a été fait de rendre obligatoire un niveau minimal de solidarité. Ce niveau est relativement bas, compte tenu du caractère hétérogène de ce groupe de travailleurs : d’un côté des indépendants à hauts revenus, et de l’autre des freelances qui vont de projet en projet, dont les revenus sont inférieurs et qui de facto sont plus exposés à un ensemble de risques, comme précisément la perte desdits revenus. Organiser la solidarité au sein des freelances est intrinsèquement difficile. »

« Notre économie est demandeuse d’indépendants et cette même économie à tout intérêt à leur accorder une grande marge de manœuvre. En revanche, il existe également un pôle de personnes qui souhaitent opérer en tant qu’indépendant, qui acceptent de prendre des risques et veulent entreprendre. La question est donc de savoir si nous ne devons pas les encadrer un minimum ou qui sait, les protéger d’eux-mêmes. Les gens sont généralement optimistes quant à ce que l’avenir leur réserve, sur le bon déroulement des choses, sur ce que représentera leur pension… ».

« Un équilibre à trouver par soi-même. Il existe bien des études scientifiques à ce sujet, mais ce choix appartient en grande partie à nos politiques. »

 

Certains plaident pour un 3ème statut, entre celui d’indépendant et de salarié. Serait-ce un bon moyen pour faciliter la solidarité au sein des différents groupes ?

Ive Marx : « Je dois avouer que je suis encore passablement agnostique sur ce point. Je ne comprends pas bien les avantages qu’apporterait un 3ème statut par rapport au deux statuts existants. En particulier en Belgique, où il faut de toute façon souscrire une assurance obligatoire. »

« Nous en avons du reste parlé lors du peer review. Par consensus, on a admis que la valeur ajoutée n’est pas évidente. Il est probable qu’en creusant du côté juridique, on puisse avancer d’autres arguments. »

 

Une critique apparue dans le contexte de l’importance croissante des freelances revient à dire que les indépendants cotisent moins et mettent donc la sécurité sociale sous pression. Est-ce pour autant une préoccupation légitime ?

Ive Marx : « Il s’agit des arguments classiques race to the bottom. Honnêtement, cela ne semble pas être une preuve suffisante. Si le nombre d’indépendants est en augmentation en Belgique, force est de constater une certaine stabilité de cette croissance sur les dix à quinze dernières années. Il faudrait toutefois que toutes les conditions soient remplies pour motiver plus de personnes à faire le pas vers ce statut, car nous avons les charges sociales les plus élevées sous forme de cotisations salariales et patronales. Si nous regardons les coûts salariaux, c’est pourtant en Belgique que la plus forte croissance de freelances aurait dû être constatée. Mais c’est aux Pays-Bas… »

 

S’agit-il d’une spécificité culturelle ?

Ive Marx : « Je n’en ai aucune idée. Cela pourrait aussi être dû à la flexibilisation générale du marché du travail. La flexibilisation s’est accrue depuis 20 ans aux Pays-Bas, avec le contrôle des autorités. On parle ici de travail intérimaire, de contrats temporaires et ainsi de suite. En fait, c’est l’économie qui est organisée de manière plus flexible. Cela va clairement bien au-delà des coûts salariaux, des cotisations des travailleurs et patronales . « 

Freelance journalist. Doet van horen, zien en schrijven over o.a. HR en de arbeidsmarkt.

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