Les Canaries : le nouvel eldorado des télétravailleurs européens

Quitter la grisaille urbaine pour rejoindre le soleil des Canaries, c’est le choix qu’ont fait certains remote workers européens. Pris à la gorge par le durcissement des mesures sanitaires, ils ont décidé de plier bagage pour trouver un peu d’air frais et de réconfort, ailleurs. Zoom sur un mode de travail et de vie, « loin » de la pandémie.

Virginie Timmermans, fondatrice de WESH, coach en alimentation et référente en profilage alimentaire, intègre la communauté des digital nomads et revient, pour nous, sur sa propre expérience du télétravail à l’étranger. En mars 2020, indépendamment du confinement, elle décide de laisser tomber son appartement bruxellois et de consacrer les deux prochaines années de sa vie aux voyages. Si la crise a quelque peu retardé ses projets professionnels, elle ne lui a certainement pas ôté l’envie de partir. Destination Biarritz, Lisbonne et aujourd’hui Fuerteventura.

Direction le soleil

Les Canaries, quoi de mieux que cet archipel pour réconcilier travail, espace de loisirs et relative liberté ? Là, sous une météo idyllique, les télétravailleurs arborent les sourires d’avant crise et redonnent l’impulsion nécessaire au tourisme local. « Installée ici depuis mi-janvier, j’ai la chance, avec d’autres digital nomads, de vivre la meilleure vie de l’île. Les touristes sont rares ce qui nous donne l’occasion d’être très proches des locaux. » explique Virginie, le soleil dans la voix. Depuis juillet 2020, les travailleurs à distance sont près de 10% en plus chaque mois sur l’ensemble du territoire.

J’ai profité des avantages d’une flexibilité poussée à l’extrême. Je choisissais de faire une pause ensoleillée l’après-midi et je me remettais au travail de 17h à 23h. C’est le grand avantage du freelancing.

Changement de rythme

« À Fuerteventura, les seules restrictions demeurent le port du masque, la distanciation sociale et le couvre-feu (entre 22h et 6h). À part ça, les restaurants, bars, salles de sport restent ouverts et les métiers de contact fonctionnent. ». De quoi jongler entre cours de surf en matinée, missions professionnelles la journée et tablée conviviale le soir. « À Lisbonne, j’ai profité des avantages d’une flexibilité poussée à l’extrême. Je choisissais de faire une pause ensoleillée l’après-midi et je me remettais au travail de 17h à 23h. C’est le grand avantage du freelancing. Dans les espaces de coworking que j’ai fréquentés, nous étions pas mal à partager ces horaires, à travailler le soir et par la même occasion à nous motiver », raconte Virginie.

Appartenir à une communauté en voyage

« J’ai séjourné en coliving, dans des habitations qui ont toujours été orientées et pensées pour les digital nomads. Les équipements, des salles de réunions aux cabines téléphoniques insonorisées, ont été installés en vue d’optimiser notre temps de travail. » Et, comme le relate Virginie Timmermans, vivre dans un groupe de pairs permet de rompre la solitude et de renforcer le sentiment d’appartenance. « Tout est mis en place pour favoriser notre intégration. Un manager s’établit dans chaque maison, il prend en charge la gestion des problèmes techniques, l’organisation des départs et des arrivées… Voyager seule et atterrir dans ce genre d’infrastructure c’est très apaisant. On se sent accueilli. ».

Ici, il y a toute une communauté de remote workers, d’horizons et de profils différents. […] On s’entraide dans nos secteurs respectifs et on découvre des possibilités de collaborations.

Digital nomads : un phénomène qui se popularise

Aujourd’hui, 70 espaces de coliving et de coworking se sont développés et prospèrent aux îles Canaries. Yaiza Castilla Herrera, Ministre du Tourisme, de l’Industrie et du Commerce profite de cette nouvelle tendance pour annoncer le lancement d’un plan d’action dont le but sera d’attirer les remote workers du monde entier. Cette population permettra de nourrir le secteur touristique, de rajeunir la destination et d’accroitre la présence de professionnels hautement qualifiés. Ces derniers participeront à l’évolution de l’entrepreneuriat sur l’archipel et tourneront le vent vers une économie du savoir. « Partir c’est l’occasion de faire des rencontres. Ici, il y a toute une communauté de remote workers, d’horizons et de profils différents. La solidarité forme la base de nos échanges. On s’entraide dans nos secteurs respectifs et on découvre des possibilités de collaborations. » s’enthousiasme Virginie.

La digitalisation ou comment entretenir le lien

Et si la fondatrice de WESH a dû mettre en stand-by l’organisation d’évènements en présentiel, elle parvient à voir le côté positif de la distanciation : « L’obligation du télétravail a accéléré le développement de tous mes projets en ligne. J’ai pu commencer à proposer des consultations en visioconférence. Avant la crise, les gens étaient plus frileux, ils avaient peur que la qualité du coaching ne soit pas la même au travers d’un écran. Aujourd’hui, les rendez-vous en ligne font partie de leurs habitudes, ils ont complètement intégré cette formule. » L’importance de créer une communauté fidèle et engagée, notamment via les réseaux sociaux, se ressent également dans la crise que nous traversons. « Pouvoir travailler avec le monde digital, en temps de pandémie, c’est une grande chance ! » poursuit notre entrepreneur belge.

Voyager léger

Aux entrepreneurs qui ressentent l’envie de découvrir le monde tout en continuant à exercer leur activité, Virginie Timmermans conseille de partir l’esprit léger. « Pour me mettre dans le mode digital nomads, j’ai eu ce besoin de me délaisser du matériel, de me simplifier l’existence et de faire un gros tri dans mes affaires. ». Calmer l’angoisse du départ passe aussi par le choix d’un logement adapté : les complexes de coworking offrent la possibilité de rompre l’isolement et de partager avec d’autres télétravailleurs. L’entraide et l’interaction ne cessent de stimuler ces espaces de vie. Enfin, les plans sur la comète sont à proscrire. Se lancer dans l’aventure en commençant petit : voilà les clefs d’un voyage serein.

Pour me mettre dans le mode digital nomads, j’ai eu ce besoin de me délaisser du matériel, de me simplifier l’existence et de faire un gros tri dans mes affaires.

L’exode rural…

Le premier confinement a mis en exergue notre besoin d’ailleurs. À côté de ces voyages aux Canaries, des flux migratoires s’opèrent depuis les centres-ville vers les régions rurales, moins couteuses, plus sûres et surtout davantage en relation avec la nature. Les travailleurs ne sont plus tenus de fréquenter leur bureau urbain, ils évitent les déplacements et parfois, se trouvent dans l’impossibilité de payer leur loyer. Bye Bye New York, Londres et San Francisco, la population fuit les métropoles, épicentres de la maladie, en quête de mieux-être. Mais si la pandémie perturbe l’équilibre de la ville, elle offre aussi l’opportunité de revoir son organisation, d’entreprendre le développement des infrastructures de santé et d’investir intelligemment dans l’écologie.