Denis Ducarme : « Les indépendants ont été trop longtemps habitués à ne jamais rien recevoir »

Si en Belgique la courbe de propagation du coronavirus semble avoir atteint son point le plus bas, la concertation est elle à son plus haut niveau au sein du cabinet de Denis Ducarme, ministre fédéral des Indépendants. NextConomy a rencontré l’homme politique vers qui est tourné le regard de l’ensemble des indépendants. Nous avons parlé des mesures COVID-19, de relance et de nouvelles opportunités.

Ceci n’est pas un indépendant

Bénéficier d’indemnités, réduire ses charges, obtenir des plans d’étalement de ses dettes, geler ses échéances bancaires, etc. Les mesures sont légion en cette période de crise. Placé en première ligne, Denis Ducarme, ministre des Indépendants et des PME s’exprime : « Certains indépendants étaient étonnés de l’octroi du droit passerelle, peut-être ont-ils été trop longtemps habitués à ne jamais rien recevoir. Ce revenu de remplacement est une des preuves de l’évolution et des améliorations réalisées ces dernières années par rapport à ce statut qui mérite certainement davantage encore d’attention. »

1 milliard d’euros

« En ce qui concerne le droit passerelle, je veille à ce qu’un versement rapide soit effectué, et que le processus soit aussi souple que possible. L’objectif étant de ne pas perdre de temps, ni de complexifier le volet administratif », souligne Denis Ducarme. « Je me suis également assuré que ce revenu de remplacement soit cumulable avec les primes régionales, elles-mêmes défiscalisées. Ce droit passerelle de crise représente à ce jour un milliard et demi d’euros. »

Nous avons bien fait d’être aussi offensifs et de revendiquer un statut social fort pour les indépendants

Obstacles et préjugés

On s’en doute, la mise en place de ces mesures n’est pas une mince affaire. Le ministre indique avoir dû faire face à certaines résistances. « Ce qui ne m’a pas empêché d’aller plus loin et d’obtenir, outre les indépendants à titre principal, l’accompagnement de plusieurs dizaines de milliers d’indépendants complémentaires et des pensionnés actifs. Au total, on parle de 400.000 dossiers, pour lesquels 95 % des demandes recevables ont déjà été payées. Les critiques non fondées concernant d’éventuelles ‘aubaines’ m’ont d’ailleurs profondément choqué. D’autant que près de 10 % des dossiers n’ont pas été acceptés car ils ne répondaient pas aux conditions d’octroi, preuve de l’analyse systématique dont ils font l’objet. »

Les banques en ligne de mire

Dans sa détermination, Denis Ducarme porte une attention toute particulière à certains acteurs du monde bancaire qui ne semblent pas jouer correctement le jeu. « J’ai demandé un rapport à l’Inspection économique dans le cadre des agissements de certaines banques, qui persistent à demander des conditions supplémentaires par rapport à celles strictement fixées par l’accord entre le secteur financier et le gouvernement. C’est inacceptable. Les banques sont assez solides pour que nous puissions exiger d’elles un respect des règles à la lettre. »

Relancer grâce aux PME et aux indépendants

Au cabinet, le boulot ne fait que commencer. « À partir de maintenant, je dois m’assurer que l’État continue à soutenir les indépendants. Il s’agit de relancer l’économie sur une base de 7 % de récession. Une situation inédite depuis la Seconde Guerre mondiale ». Un défi que Denis Ducarme veut relever avec, et surtout grâce aux indépendants, aux professions libérales et aux PME. Le ministre reste toutefois réaliste par rapport au risque de faillites. « Le moratoire établi en collaboration avec Koen Geens ne sera malheureusement pas éternellement prolongé. »

Politique portes ouvertes

« Les directives communiquées à mon cabinet ministériel sont très claires : une communication transparente, une disponibilité et un accompagnement des indépendants. Et ce même si la question dépasse le champ de nos attributions. » Le ministre nous indique également être en contact régulier avec le terrain. « Je perçois bien sûr une bonne dose de craintes, mais aussi une énorme volonté de travailler et de sauvegarder des emplois. De là découlent les mesures de déconfinement sur lesquelles je travaille pour tout une série de secteurs et de métiers spécifiques. L’objectif étant notamment d’ouvrir un certain nombre de perspectives pour l’HORECA en vue du 8 juin. Nous ne sommes pas des magiciens, mais nous voulons tout mettre en œuvre en ce sens tout en assurant la sécurité de chacun ».

Le temps des enseignements

En analysant la situation dans certains autres pays européens, Denis Ducarme n’a pas à rougir des mesures déployées en Belgique. « Nous avons bien fait d’être aussi offensifs et de revendiquer un statut social fort pour les indépendants. Je suis fier de notre système, même s’il n’est pas encore suffisant aux yeux de certains acteurs de notre économie. Il a le mérite d’offrir un support structurel afin de traverser cette crise. »

Ma pierre angulaire, c’est la concertation et le dialogue

Nouveaux chantiers en perspective

« Je pense que la transformation la plus importante sera l’adaptation du droit passerelle à des situations de crise et des secteurs spécifiques. Nous venons de faire évoluer un instrument important ». Parmi les autres réflexions à mener après cette crise, Denis Ducarme retient les assouplissements en matière de cotisation, le besoin d’évolution du statut social des indépendants complémentaires, et une politique d’ouverture vers les femmes entrepreneuses, qui sont de plus en plus nombreuses. Un travail de réflexion que le cabinet de Denis Ducarme confirme vouloir poursuivre avec, entre autres, le SNI, l’UCM, UNIZO et… NextConomy. « Ma pierre angulaire, c’est la concertation et le dialogue. Je crois fermement en une collaboration étroite pour réaliser ces objectifs ».

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