Étude internationale : « La moitié des travailleurs de plateformes gagnent moins de 2 dollars de l’heure »

Les plateformes de travail numériques se développent de manière considérable et les plus florissantes sont essentiellement les plateformes de taxis et de livraison. Afin de prévenir l’exploitation et les inégalités dans cette économie « uberisée », le groupe de réflexion de l’OIT plaide pour une politique internationale.

Les plateformes de travail numériques nous permettent de se faire livrer des repas, commander un taxi ou louer les services d’indépendants pour réaliser des missions à distance. Quelle est l’influence sur le monde du travail ? C’est ce sur quoi s’est penchée l’Organisation internationale du Travail, ou OIT. Ce groupe de réflexion des Nations Unies s’intéresse aux questions relatives au travail international.

Le rapport se penche sur les deux principaux types de plateformes de travail numériques : les plateformes en ligne où les travailleurs réalisent des tâches en ligne et à distance et les plateformes sur site, comme les apps de taxi et les services de livraison de repas comme Deliveroo. Les résultats se basent sur des enquêtes et des entretiens réalisés auprès de quelque 12 000 travailleurs et représentants de 85 entreprises dans le monde entier.

Selon cette étude, les plateformes de travail numériques ont été multipliées par cinq à travers le monde au cours des dix dernières années. Les exemples les plus frappants concernent les services de taxi et de livraison de repas à domicile. Un total de 120 milliards de dollars a été investi dans les plateformes, dont 100 milliards dans les apps de taxi et de livraison.

La moitié des « petits boulots à la tâche » concerne le développement de logiciels

Les 20 milliards de dollars restants ont été investis dans le « travail de plateforme à distance », également appelé « boulot à la tâche » ou encore « gig work » en ligne. Selon l’étude de l’OIT, la majeure partie concerne des tâches dans le développement informatique et la technologie. En 2018, cette catégorie représentait 39 % de toutes les missions en ligne. En 2020, elle est passée à 45 %.

Le pourcentage de missions dans le domaine du marketing et de la vente a également augmenté entre 2018 et 2020. Il y a eu relativement moins de missions pour les indépendants en ligne dans le secteur de la création et des médias. L’OIT y voit un lien avec la crise du coronavirus : en avril 2020, le nombre de missions a nettement diminué dans cette catégorie.

Demande des pays riches, offre des pays pauvres

La plupart des demandes de travailleurs freelances en ligne émanent des États-Unis et des autres pays riches. L’offre, quant à elle, provient des pays à faibles revenus, surtout l’Inde.

Selon les chercheurs, le travail sur ce type de plateformes offre de nombreuses possibilités. Ainsi, les plateformes rendraient le marché du travail plus inclusif. « Les plateformes de travail numériques offrent surtout plus d’opportunités de travail aux femmes, aux jeunes, aux personnes en situation de handicap et aux groupes marginalisés partout dans le monde », explique Guy Ryder, directeur général de l’OIT. « Et nous ne pouvons que nous en réjouir. »

Les plateformes offrent également des possibilités aux entreprises, car elles permettent aux entrepreneurs d’avoir accès à une main-d’œuvre importante et flexible. Toutefois, ces plateformes présentent également des risques. C’est la raison pour laquelle le groupe de réflexion appelle les décideurs politiques du monde entier à se concerter pour développer une législation et une réglementation pour les plateformes de travail.

« Moins de 2 euros de l’heure »

Les risques sont notamment liés aux conditions de travail, à l’irrégularité des revenus et à la protection sociale. « Les horaires de travail peuvent souvent s’avérer longs et imprévisibles », explique Ryder. « La moitié des travailleurs des plateformes en ligne gagnent moins de 2 dollars de l’heure. De plus, certaines plateformes pratiquent d’énormes différences salariales entre hommes et femmes. La pandémie du coronavirus n’a fait qu’exposer encore plus un bon nombre de ces problèmes. »

Les conditions de travail sont souvent déterminées de manière unilatérale par les plateformes. De plus, la distinction entre salariés et indépendants tend à s’estomper, préviennent les chercheurs. « Étant donné que les plateformes exercent dans des cadres juridiques multiples, il faut une politique cohérente et coordonnée pour s’assurer qu’elles proposent un travail décent et qu’elles favorisent la croissance d’entreprises durables. »

Négociation collective et sécurité sociale

L’OIT plaide pour un dialogue international, afin de permettre aux travailleurs, aux employeurs et aux gouvernements de profiter « pleinement et équitablement » de cette avancée. Le groupe de réflexion estime, par exemple, que tous les travailleurs indépendants de ces plateformes dans le monde doivent avoir le droit de négocier de manière collective.

L’OIT souhaite également que « tous les travailleurs, y compris ceux des plateformes, aient accès à des indemnités de sécurité sociale suffisantes, en étendant et en adaptant les cadres politiques et juridiques si nécessaire ». Ryder : « Tous les travailleurs, quel que soit leur statut professionnel, doivent pouvoir exercer leurs droits fondamentaux au travail. »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *