"Exploring the future of work & the freelance economy"

Le nouveau monde du travail : crises, tendances et flexibilité

La crise sanitaire cache une autre crise… la crise de solvabilité. Quel est l’impact sur le (nouveau) monde du travail et sur l’économie (freelance) ? Rencontre avec Bernard Keppenne, Chief Economist à la CBC Banque, pour effectuer un tour d’horizon et en apprendre sur les tendances confirmées.

Flexibilité et capacité d’adaptation

L’heure est au repositionnement. Les entreprises remettent leur modèle en question, face à un environnement en pleine mutation. Pour Bernard Keppenne, la clé est la capacité de flexibilité de l’entreprise et de ses effectifs. « L’entreprise doit se montrer agile au regard de cette situation inédite et de la perte de connexion avec ses collaborateurs. De leur côté, les talents internes et externes peuvent être amenés à assumer des tâches qui, jusque-là, n’entraient pas vraiment dans leur domaine de compétence. »

Moins de talents externes, quoique…

L’économiste en chef de la CBC Banque l’a bien remarqué : le marché freelance subit une diminution de la demande. « À nuancer par le fait que pour se repositionner, l’entreprise aura besoin de ce regard externe et de certaines compétences de niche. Il s’agit d’une réflexion interne profonde à mener par ceux qui sont plus au fait des nouvelles technologies et des nouveaux défis qui se présentent. Un exemple très actuel est celui de la nécessité ou non de rapatrier sa production. Un exercice qu’on n’aborde pas seul. »

Pour se repositionner, l’entreprise aura besoin de ce regard externe et de certaines compétences de niche.

La réponse par le digital ?

Dans son blog ‘Le digital, itinéraire d’un remède annoncé’, Bernard Keppenne identifie trois tendances qui influencent (aussi) le nouveau monde du travail. « La généralisation du télétravail est le premier changement le plus radical. Tous les métiers ne sont pas concernés, mais nous allons assister à une généralisation du télétravail dans toutes les sphères de l’économie. Sans parler de l’impact sur l’immobilier des bureaux ou les espaces de coworking qui étaient en pleine croissance. »

La généralisation du télétravail est le premier changement le plus radical.

Le commerce en ligne

La deuxième tendance répond directement au besoin de distanciation sociale. L’e-commerce n’a rien de neuf, mais devient une évidence. « Du commerce de proximité aux grandes surfaces, celui qui n’embrasse pas la transformation digitale n’a rien compris. Et le commerce B to B devrait suivre la même voie. Ce mouvement implique de nouvelles compétences et de nouveaux modes de travail », explique Bernard Keppenne.

Une opportunité pour la formation

Troisième tendance : la formation. Que ce soit pour l’enseignement secondaire ou universitaire, on assiste à une accélération de la digitalisation. Pour notre interlocuteur, on doit arriver à un mix entre virtuel et présentiel. « Pour préparer les jeunes au nouveau monde du travail, il faut que le corps professoral indique les pistes de réflexion et les opportunités d’ouverture au monde extérieur. Dans un monde idéal, la digitalisation serait un levier extraordinaire pour permettre aux étudiants de suivre 3, voire 4, grands cursus dans différentes universités. Une idée qui pourrait booster les talents de demain ainsi que notre économie. »

Économie en mode ‘robolution’

Bernard Keppenne est clair : « Nous venons d’assister à une rupture des chaînes de valeurs. Il faut repenser son modèle, en gardant l’automatisation et la digitalisation en point de mire. Le plus bel exemple ? Les robots industriels qui permettent à nos entreprises de devenir aussi compétitives que celles du marché asiatique. À un autre niveau, citons les notaires, qui ont à faire face à une numérisation presque obligée pour répondre à un changement législatif : la possibilité de faire signer un acte notarié à distance. »

Nous venons d’assister à une rupture des chaînes de valeurs. Il faut repenser son modèle, en gardant l’automatisation et la digitalisation en point de mire.

La crise synonyme de plus de freelances ?

« Je pense qu’il faut attendre avant de confirmer une tendance. La crise sanitaire pourrait être à l’origine d’une augmentation du nombre de freelances en Belgique. Car il y a des salariés qui se sont découverts en totale inadéquation par rapport à leur métier. Et d’autres pour qui le télétravail s’est révélé être un mode de travail plus agréable durant cette période de déconnexion avec l’employeur », souligne Bernard Keppenne. Mais pour lui, la tendance pourrait aussi bien s’inverser à cause de la relative fragilité du statut et des nombreuses pertes de mission générées par les acteurs de l’économie freelance. »

Une Belgique surréaliste

« Nous avons urgemment besoin d’un nouveau gouvernement ». Ses propres mots font sourire Bernard Keppenne, mais il se dit quand même sidéré par la situation dans notre pays. « Tous nos voisins ont un plan de relance. Chez nous, même pas une ébauche ! C’est surréaliste. Mais l’impact sur l’économie et le monde du travail n’est pas à sous-estimer. Comment voulez-vous fonctionner sur base d’un bricolage et sans avoir de vision à terme ? » L’économiste rappelle également notre forte dépendance au commerce international : « Même en prenant des mesures en Belgique, les efforts pourraient être anéantis si l’économie des pays importateurs ne redémarrait pas comme prévu. »

Tous nos voisins ont un plan de relance. Chez nous, même pas une ébauche ! C’est surréaliste. Mais l’impact sur le monde du travail n’est pas à sous-estimer.


Les 3 conseils de Bernard Keppenne

    1. Vérifiez l’état de solvabilité de vos clients. « Il faut oser un dialogue transparent pour comprendre leur stratégie d’adaptation. Si la réponse est vague, il est temps de s’inquiéter. Sans parler des entreprises zombies, dont le taux est estimé à 12 % en Belgique !
    1. Vérifiez vos chaînes de valeurs. « Quelle est votre position par rapport à vos fournisseurs. Quelle stratégie adopter en cas de nouvelle vague de coronavirus ? Êtes-vous capable de financer vos stocks ?
    1. Assurez-vous que le dirigeant de l’entreprise soit fédérateur. « En cas de crise, tout se joue grâce ou à cause du dirigeant. Son charisme, sa vision et sa capacité de guider ses troupes en situation inédite seront cruciaux.