FAIRWORK a défini 5 normes pour le ‘gig work’

Des millions de personnes à travers le monde effectuent régulièrement des missions via des plateformes numériques et des applis, parfois même dans des conditions de travail précaires. Car nombreux sont les travailleurs des plateformes qui n’ont pratiquement pas de marge pour pouvoir négocier des conditions de travail. Se trouvant bien souvent de l’autre côté de la Terre, leurs clients profitent de cet antagonisme. Interview de Karolien Lenaerts – 2e partie.

Avec Karolien Lenaerts, directrice de recherche à l’HIVA – KU Leuven, nous parlons d’un projet remarquable : la Fairwork Foundation de l’Oxford Internet Institute.

Karolien Lenaerts connaît bien l’initiateur de ce projet, le professeur Mark Graham : « C’est un précurseur dans la détermination du rôle joué par la numérisation et l’Internet sur le marché du travail au niveau mondial. Sa recherche novatrice se base sur les informations fournies par les travailleurs des plateformes et les plateformes elles-mêmes. J’apprécie particulièrement son approche globale. Nous ne savons que peu de chose sur la réalité du travail de plateforme en Europe et aux États-Unis. Et on ne prête guère attention aux millions de travailleurs des plateformes dans les pays en voie de développement », affirme Karolien Lenaerts.

Créer des plateformes dans les pays en voie de développement, n’est-ce pas une conception limitée du progrès économique ?

Fairwork reçoit un soutien financier et académique des stakeholders de différents pays. Afin d’améliorer le bien-être et la qualité du travail des travailleurs (indépendants) des plateformes, l’ONG veut obtenir la certification du plus grand nombre possible de plateformes en ligne, à la manière de Fairtrade. S’il devient possible de comparer qualitativement les plateformes concurrentes, ce sera au bénéfice des travailleurs, des clients et des managers qui mettront la pression sur les plateformes insuffisamment fiables. C’est ainsi que Karolien Lenaerts pose la question de savoir si certaines plateformes encouragent effectivement les personnes à être économiquement actives plutôt que de laisser cloîtrer à leur domicile. « Créer des plateformes dans les pays en voie de développement, n’est-ce pas une conception limitée du progrès économique ? » Le secteur ne serait du reste pas étranger aux méthodes d’exploitation. « Un individu peut par exemple accepter des offres d’emploi proposées par une plateforme et les faire exécuter par d’autres pour un tarif réduit, et ainsi empocher la différence. »

Les critères utilisés par Fairwork

Suite aux workshops organisés par l’Organisation internationale du travail (OIT), Fairwork a défini des principes pour des conditions de travail décentes applicables internationalement à la gig economy. La Fairwork Foundation évalue les plateformes participantes et leur attribue un score de maximum 10 points. Après avoir réalisé ses premières évaluations sur l’Afrique (l’Afrique du Sud) et l’Asie, Fairwork va prochainement examiner les plateformes allemandes et britanniques. Ce sera l’occasion d’obtenir une première idée sur les conditions de travail auxquelles sont soumis les gig workers et les freelances en Europe.

Nous résumons ci-après les cinq critères utilisés par Fairwork, chacun valant 0, 1 ou 2 points.

      1. Une rémunération équitable : Indépendamment de leur catégorie, les travailleurs perçoivent un revenu minimum décent en fonction de la juridiction dont ils dépendent, qui tient également compte des coûts liés au travail. Karolien Lenaerts : « C’est pour moi un aspect crucial. Pour les étudiants qui travaillent comme ‘food delivery drivers’, la faible rémunération est souvent la raison pour laquelle ils démissionnent. Nous connaissons aussi le cas de chauffeurs Uber qui ont emprunté pour disposer d’un meilleur véhicule, mais qui ensuite ont été rayés de la plateforme et se sont retrouvés avec un prêt pour un véhicule coûteux. »
      1. Des conditions de travail équitables : Les plateformes prennent proactivement des mesures pour garantir la santé et la sécurité de leurs travailleurs, et les protéger contre les risques inhérents à leurs tâches. « En Europe, les syndicats sont sur ce point particulièrement attentifs. »
      1. Des contrats équitables : Les plateformes doivent offrir des conditions de travail claires, concises et accessibles, conformément à la législation locale en vigueur, et faire mention de leur part de responsabilité. Ici plane généralement une relative incertitude. « Tant qu’en Belgique l’on reste sous le seuil d’exonération de 6.000 euros par an, les activités ne sont pas reconnues comme activités économiques. Souvent, les travailleurs des plateformes numériques ne connaissent pas leur propre statut ou ne sont pas certains d’avoir un contrat. Il y a des défauts qui sont parfois difficiles à corriger. »
      1. Une gestion équitable : Les plateformes doivent utiliser une procédure administrative de gestion des contrats suffisamment documentée et correctement communiquée, prévoyant un traitement équitable en cas de conflit, ainsi que le mode de résiliation du contrat. « Cela peut poser problème lorsque la plateforme a son siège ou son helpdesk à l’étranger, car les délais d’assistance peuvent être impactés. »
      1. Une représentation équitable : Les travailleurs concernés ont le droit de faire partie d’organes représentatifs, et les plateformes sont disposées à coopérer et à négocier avec leurs délégués.

La transparence

La conclusion de Karolien Lenaerts : « Cette diversification d’initiatives instaurée par Fairwork accroît la transparence sur les aspects fondamentaux du travail de plateforme. De plus, elles apportent un instrument d’autorégulation aux plateformes. Cette étude est largement applicable dans tous les pays et à tous les secteurs. En finalité, Fairwork donne la parole aux travailleurs des plateformes numériques et leur laisse le choix et l’occasion de partager leurs expériences. Il reste à Mark Graham à convaincre les plateformes et les décideurs politiques de coopérer ! »

Lire la première partie de l’entretien – Quelle politique de régulation pour l’économie de plateforme ? – avec Karolien Lenaerts ici.

Philip Verhaeghe is een onafhankelijk adviseur en een freelance redacteur voor vakbladen, bedrijven en organisaties. Focusseert op ‘ondernemen’ in al zijn vormen: van de legaltech start-up tot en met maatschappelijk verantwoord investeren. Onderzoekt zowel de nieuwste trends als de klassieke uitdagingen die elke dag opnieuw het verschil kunnen maken in de bestuurskamer of het directiecomité.

Is als expert ‘deugdelijk bestuur’ verbonden aan Etion en Toolbox. Werkte als algemeen secretaris voor VKW, het Instituut voor Bestuurders, Corgo en RNCI.

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