« Nous sommes une passerelle pour des profils qui n’auraient jamais abouti sur le marché du travail »

Offrir aux + de 55 ans une certaine liberté de mouvement sur le marché du travail est parmi les objectifs d’Experience@Work. Garantir de bonnes conditions de rémunération et de travail permet de franchir un seuil important, même si la mobilisation reste encore en soi un défi.

Experience@Work est une initiative de KBC, Axa et Proximus pour maintenir en activité des collaborateurs motivés. Inge Janssens, auparavant chez Proximus, et Managing Director chez Experience@Work, nous explique : « Les employeurs importants que nous sommes recherchaient des solutions pour leurs collaborateurs qui ne se voyaient pas faire le même travail jusqu’à leurs 65 ou 67 ans. Mais comme ils travaillaient depuis longtemps dans la même organisation, ils n’avaient pas l’envie de voir s’envoler tous leurs acquis. Dans le même temps, nous constations qu’il y avait une demande croissante sur le marché du travail : celle venant d’organisations à la recherche de talents qu’elles ne trouvaient pas, ou qui étaient quasiment impayables. Avec Experience@Work, nous détenons la solution pour les trois groupes concernés. »

Inge Janssens, Managing Director chez Experience@Work

 

Quel en est le fonctionnement ? Les employeurs – au départ ils étaient 3, et depuis 16 les ont rejoints – acceptent de laisser leurs + de 55 ans postuler pour des postes dans d’autres organisations, principalement à but non lucratif. Pour ces travailleurs, il s’agit d’une alternative à la RCC, le régime de chômage avec complément d’entreprise, anciennement la prépension. Le collaborateur reste inscrit sur le payroll de son employeur en conservant ses avantages, et travaille pour un organisme auprès duquel il est délégué. L’organisme en question doit couvrir les coûts d’un profil junior auprès de l’organisation du collaborateur.

La crainte du changement

Experience@Work apporte de la mobilité sur le marché du travail, sans que les collaborateurs qui acceptent de changer de poste aient à craindre pour leur rémunération ou leurs conditions de travail. Avec aujourd’hui 19 organisations qui permettent à leurs collaborateurs les plus âgés de postuler, et des organismes demandeurs qui l’an dernier avaient plus de 600 postes à pourvoir, Experience@Work affiche un réel succès du côté de ces employeurs. À noter cependant qu’on rencontre quelques difficultés du côté collaborateurs, qui malgré le fait qu’ils ne courent aucun risque, peinent à se mettre en mouvement. « Nous savons qu’il reste des efforts à faire pour mobiliser les personnes. L’examen des postes vacants a du succès, mais aller au-delà ne semble pas évident. »

Pour quelles raisons ? Pour le moment, il n’y a pas encore de données probantes, bien que David Stuer et le professeur Ans De Vos (Antwerp Management School) soient bien décidés à étudier la situation.  « Du point de vue émotionnel, il apparaît que les personnes ont encore peur d’affirmer leur volonté de changement. Les personnes qui ont franchi le pas sont très enthousiastes et sont nos meilleurs ambassadeurs, mais la crainte subsiste chez beaucoup de devoir quitter physiquement leur organisation », se rend bien compte Inge Janssens. « D’après des recherches faites en son temps par David Stuer et Ans De Vos, nous savons que les personnes attendent de connaître l’historique de la mobilité des autres avant de passer à l’acte. »

De nombreux experts prédisent toutefois l’arrivée d’une plus grande dynamique, où davantage de personnes mettront spontanément le pied sur le marché du travail. Cela signifie-t-il qu’Experience@Work deviendra inutile, du fait que les travailleurs prendront eux-mêmes l’initiative de passer à autre chose ? Ce n’est pas l’avis d’Inge Janssens. « On affirme que les travailleurs vont rester de moins en moins longtemps chez un même employeur, mais j’ai quelques doutes à ce sujet. Suffisamment d’études montrent que le besoin de sécurité d’emploi reste important. » Selon l’expérience de David Stuer et du professeur De Vos, les personnes qui se sont lancées avec Experience@Work ne l’auraient pas fait si elles avaient dû renoncer à une partie de leur salaire. « Tant qu’il faudra tenir compte de barèmes basés sur l’ancienneté, peu de choses risquent de changer. Si la structure salariale pouvait changer, on créerait plus de mobilité, particulièrement en fin de carrière.

Un grand vivier

Experience@Work a fait récemment son apparition sur le marché du travail, et doit encore se positionner. Inge Janssens a bien remarqué que le secteur du travail intérimaire était d’abord sceptique quant à leur initiative, même si ce secteur comprenait qu’Experience@Work ne marchait pas sur leurs plates-bandes, mais était plutôt complémentaire par rapport aux bureaux de sélection. Experience@Work n’avait non plus rien à voir avec les bureaux conseils ou avec les intervenants classiques entre freelances ou Intérim managers et des clients. « Nous nous occupons de profils qui dans d’autres circonstances n’auraient jamais abouti sur le marché du travail. Les intéressés seraient tout simplement restés dans leur entreprise. Le marché du travail connaissant actuellement une pénurie, il nous semble normal de vouloir alimenter le vivier des candidats, ce qui est tout bénéfice pour l’organisation qui les engage », dont acte.  « Rappelons qu’il s’agit ici de missions à long terme : nous sommes en présence de collaborateurs de plus de 55 ans qui vont travailler dans l’organisation qui les accueille jusqu’à leur retraite. On parle de périodes de 8 à 10 ans et plus. »

Et Inge Janssens de conclure : « Je nous vois comme un passeur de témoin. » « Nous sommes une passerelle pour des profils qui n’auraient jamais abouti sur le marché du travail. » Nous nous plaçons entre des grandes entreprises et des organisations à la recherche de personnel, ou encore entre des grandes entreprises et des bureaux de sélection. »

Freelance journalist. Doet van horen, zien en schrijven over o.a. HR en de arbeidsmarkt.

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