"Exploring the future of work & the freelance economy"

Les freelances et les tech startups en Belgique – Omar Mohout : « Prenez place sur les montagnes russes »

En Belgique, une tech startup moyenne emploie autant de collaborateurs fixes que de freelances. C’est la conclusion à laquelle les enquêteurs du rapport ont abouti après l’analyse des données disponibles. Ces freelances, dont beaucoup travaillent depuis l’étranger, donnent à ces jeunes entreprises un avantage concurrentiel.

Le rapport d’enquête ‘Omvang en Dynamiek van de tewerkstelling bij Belgische tech start-ups’ de la KU Leuven/HIVA et Sirris, publié en début d’année, fournit des chiffres et des graphiques très intéressants. (‘Portée et dynamique de l’emploi dans les tech start-ups en Belgique’) C’est ainsi que nous apprenons qu’il y a dans notre pays 1.353 tech startups, créées entre 2010 et 2017. Le rapport nous apprend aussi que ce sont des jeunes entreprises technologiques qui ‘apportent des innovations et des technologiques numériques sur les marchés existants et les nouveaux marchés, en exploitant les possibilités offertes par le big data, les logiciels, le web 2.0 et la technologie cloud’.

Le mot ‘startup’ est parfois utilisé à tort ou à raison. Si demain vous ouvrez une boutique, vous êtes aussi une ‘startup’. Dans le cadre de cette enquête, il s’agit bien d’entreprises qui proposent un produit ou un service numérique », précise Omar Mohout. Ce dernier suit l’évolution de l’écosystème des startups depuis de nombreuses années, et il aide les entreprises (technologiques) à se développer et à partir à la conquête du monde. Il est Entrepreneurship Fellow chez Sirris, et également professeur à l’Antwerp Management School, à l’université d’Anvers et à la Solvay Business School.

« Il me semble important que de telles startups soient également créées par des freelances », souligne-t-il. « Les co-fondateurs sont alors des freelances qui possèdent une vision commune, qui vont développer quelque chose, et le commercialiser sur le marché. Et cela ne va pas sans risque : non seulement il faut toujours s’attendre à ce que cela ne marche pas, mais les opportunités ont aussi un coût, car ces freelances n’ont en principe pas de rentrées financières pendant une certaine période. »

Équilibre entre fixe et flex

En se basant sur les données fournies par l’ONSS, ce sont 3.223 collaborateurs qui travaillent dans les 1.353 tech startups de notre pays. Il faut encore prendre en compte les 1.443 dirigeants et les 515 administrateurs – des freelances qui ont décidé de créer une entreprise – pour aboutir à 5.161 collaborateurs fixes.

Ensuite, viennent s’ajouter 5.100 collaborateurs flexibles, dont 3.300 font partie de startups sans personnel salarié. Afin d’identifier ces freelances opérant dans et en dehors de notre pays, les enquêteurs ont utilisé des données LinkedIn. « LinkedIn reste la plus importante plateforme au monde où obtenir des profils professionnels. C’est la meilleure indication dont nous disposions de nos jours pour connaître le nombre de freelances travaillant pour des entreprises données, même si ce n’est pas du 100 % », confirme Omar Mohout. Il est vrai que les freelances effectuant des petites missions – une demi-journée de copywriting, par exemple – et qui ne seraient pas pris en compte, ne vont pas changer grand-chose. « Nous nous intéressons aux collaborations structurelles. »

Les avantages amenés par les freelances

Le fait que la moitié des collaborateurs des startups soient des freelances ne présente aucun risque, selon Omar Mohout, mais plutôt un grand avantage pour ces jeunes entreprises. Un collaborateur qui 4 jours par semaine récolte ailleurs des connaissances et de l’expérience qu’il apporte le 5e jour à la jeune entreprise, est riche d’enseignement.

Le fait que la moitié des collaborateurs des startups soient des freelances est plutôt un grand avantage pour ces jeunes entreprises. 

De plus, un freelance n’a rien de ‘binaire’, pour citer notre expert. « Un collaborateur salarié travaille normalement pour vous, et parfois pas ou plus. À l’inverse du freelance, qui lui peut gérer un autre projet tout en vous donnant du support pendant une période transitoire. Vous avez donc plus de sécurité et de continuité à attendre par rapport à un collaborateur salarié, qui peut à la limite disparaître endéans la quinzaine. »

Certaines formes de collaboration flexibles permettent également de faire appel à des talents (ICT) au niveau international. L’enquête montre qu’en Belgique les startups comptent 2.963 collaborateurs situés à l’étranger. Cette dimension mondiale offre un avantage concurrentiel : « Une startup qui utilise des freelances peut intéresser le meilleur programmeur ou le meilleur spécialiste marketing du monde. Une entreprise classique qui recrute du personnel ne dispose somme toute que d’un rayon de recherche limité. La chance que le talent recherché habite la région est extrêmement faible ».

Embarquement dans les montagnes russes

Ce qui n’est du reste pas exceptionnel, c’est de voir un freelance embarquer comme partenaire, par exemple. Cela n’a rien d’illogique, puisque bien souvent ce ou cette freelance aura une part importante dans la réussite de la startup. « La startup a également intérêt à décider assez rapidement avec quels freelances elle veut avancer, car les talents sont partout fort demandés. Sans omettre que vous pouvez être en concurrence avec d’autres clients du freelance. Le risque que le freelance ait à choisir parmi plusieurs projets est réel. »

Omar Mohout se met également à la place du freelance ICT. « Il a devant lui deux options stratégiques », nous dit-il « D’un côté, il peut continuer à opérer pour de grandes entreprises, et ainsi se garantir et optimiser à coup sûr ses revenus. De l’autre, il peut parfaitement décider de travailler pour une rémunération inférieure, ce qui donne aux jeunes entreprises, par définition ‘cash poor’, la possibilité de mettre à profit ses compétences et son expérience. Pour le freelance, c’est un moyen d’accéder à un ‘uplift’ : si la startup réussit, il peut demander une part du gâteau en ‘sweat equity’ par exemple.

« Mon avis à titre personnel est que de temps en temps vous pouvez diminuer vos tarifs afin de saisir l’opportunité de prendre place sur des montagnes russes. Qui plus est, les freelances qui sont au départ d’une startup prospère peuvent dès lors en récolter les fruits. En maintenant leurs tarifs à un niveau relativement élevé, ils auraient poursuivi leur route de freelance sans participer au succès de ce type d’entreprise. »

Pour plus d’information

Vous avez accès au rapport ici. Ne manquez de lire l’interview de Stefaan Arryn, VP People chez Silverfin, une Tech Startup.

Freelance journalist. Doet van horen, zien en schrijven over o.a. HR en de arbeidsmarkt.

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