Denis Pennel : « La diversité est le mot clé du marché du travail de demain »

Denis Pennel est Managing Director chez World Employment Confederation, l’organisation mondiale des employeurs prestataires de services RH, au sein de laquelle Federgon est le membre représentant la Belgique.  Denis Pennel est également auteur, conférencier, modérateur… c’est dire qu’il aime plutôt le travail. « Mon travail, c’est le travail », dit-il. « À vrai dire, je suis un ‘slasher’, et je suis donc un exemple de l’évolution que connaît le monde du travail. »

Les produits et le services ‘sur mesure’

Réunir des collaborateurs dans un gros bâtiment pendant un temps déterminé et avec les mêmes conditions de travail, était autrefois le moyen le plus efficace d’organiser la production de masse. Mais aujourd’hui, nous dit Denis Pennel, l’économie a intégralement changé : il ne s’agit plus de grandes quantités de produits ou de services standardisés, mais de produits et de services ‘sur mesure’. « Nous sommes une ‘économie à la demande’, où c’est le consommateur qui décide et l’entreprise qui va produire ce qu’il veut en s’organisant en conséquence », affirme Denis Pennel. « Aux entreprises qui aujourd’hui sont encore organisées comme au 20e siècle, je ne peux que souhaiter de survivre. Le modèle de travail qui a dominé le 19e et le 20e siècle n’est plus du tout de mise.

En outre, les individus ont désormais de nouvelles attentes. » Et l’expert de poursuivre : « Aujourd’hui, nous sommes mieux informés que jamais et nous vivons dans une société davantage orientée sur l’individu, avec des consommateurs qui veulent être servis vite et selon leurs desiderata.  Ces exigences donnent une bonne idée sur la façon dont nous envisageons le travail. »

 

Nous vivons à une époque intéressante, est-ce parce que cette transition est enfin en train de s’opérer ? 

Denis Pennel : « Exactement. Soit dit en passant, nous avons déjà pas mal progressé dans cette transition. Lorsqu’on me questionne sur l’avenir du travail, je réponds toujours que cet avenir est déjà là. Lorsqu’on voit comment le marché du travail est organisé aujourd’hui, vous comprenez que cela n’a plus rien à voir avec celui du début du 20e siècle. Il n’y a plus de conditions de travail standardisées, mais une diversification des formes d’emploi. Dans les pays industrialisés, un tiers seulement des contrats à durée indéterminée concernent des emplois à temps plein avec des horaires fixes. Donc, avoir un contrat à durée indéterminée ne signifie nullement que vous travaillez de la même manière que vos parents ou vos grands-parents. Vous travaillez plus lorsque vous le décidez, à domicile ou au bureau. Et il y a encore tous les autres types de contrats qu’un travailleur peut rencontrer, comme les contrats à durée déterminée, les contrats intérimaires, etc. Et puis, – et c’est une véritable révolution ! – il y a ce nombre croissant de gens qui choisissent de devenir indépendant. »

 

Le travail prend-il aussi une autre tournure sociale ?

Denis Pennel : « Oui, effectivement. Le travail est à trois dimensions. La première est rationnelle : vous devez gagner votre vie. Ensuite, vient la dimension sociale : je suis en contact avec d’autres personnes, je crée un réseau social, … C’est important, mais vous pouvez également atteindre ces objectifs via d’autres moyens, par exemple les médias sociaux.

Une troisième dimension prend de plus en plus d’importance, c’est celle de l’accomplissement : j’évolue, je suis heureux dans mon travail, je fais des choses qui m’intéressent, je fais des choses pour la société… Ce qui a du sens apporte de la valeur au travail. Cette troisième dimension surpasse aujourd’hui la première. »

 

Serons-nous tous freelance dans le futur ?

Denis Pennel : « Au niveau européen, environ 14% de la population active travaille comme freelance. Je suis convaincu que ce nombre ne cessera d’augmenter, mais je ne crois pas que tout le monde deviendra freelance. Nombre de personnes ne le veulent tout simplement pas, et il existe des fonctions pour lesquelles ce ne serait pas la forme de travail la plus appropriée. Les travailleurs fixes ne sont pas près de disparaître, mais leur nombre va décroître et ils deviendront plus flexibles, plus indépendants.

Ensuite, le rapport entre freelances et travailleurs fixes va également dépendre de l’évolution du statut de travailleur fixe et de sa flexibilité. Nous parlons aujourd’hui d’entrepreunariat : avoir la volonté de prendre des initiatives au sein de l’entreprise, d’être créatif, innovant. Et il reste à savoir comment encourager ses collaborateurs à devenir moins ‘dépendants’ dans l’exercice de leurs activités. »

« Le marché du travail de demain se caractérisera par une très grande diversité. S’il existe une grande diversité dans les groupes d’individus qui travaillent, il y a également une grande diversité dans les formes de travail, les besoins et les attentes à l’égard du travail. La diversité est le mot clé du marché du travail de demain. »

Denis Pennel : « Lorsqu’on me questionne sur l’avenir du travail, je réponds toujours que cet avenir est déjà là. »
(Photo: David Plas)

 

Dans cet avenir qui s’annonce complexe, quel est le rôle des conseillers à l’emploi que représente la World Employment Confederation ?

Denis Pennel : « Auparavant, nombre de nos membres ne s’occupaient que de travail intérimaire, mais l’étendue de leurs services RH n’a cessé de croître. Et leur offre ne cessera d’augmenter.

D’autre part, je crois que l’avenir du travail aura certaines similitudes avec le passé. Il y a de plus en plus de freelances, et ils auront besoin d’une structure intermédiaire pour les aider à gérer leur carrière. Quand je dis que l’avenir ressemblera un peu au passé, je pense aux guildes professionnelles du Moyen Âge. C’était également des structures intermédiaires, sorte de mix de nos syndicats et de nos associations d’employeurs ; elles furent constituées par les travailleurs eux-mêmes, et avaient pour mission de trouver du travail à leurs membres, et connaissaient une forme de protection sociale et d’allocation de pension. Je pense vraiment que dans le futur nous allons connaître de telles structures intermédiaires. »

« Les plateformes en ligne actuelles peuvent jouer un tel rôle en développant davantage de services, mais les agences intérimaires ont également leur rôle à jouer, cela s’entend. Je suis sûr que les intermédiaires ne disparaîtront pas, car les travailleurs voudront faire appel à des organisations indépendantes pour les accompagner tout au long de leur carrière. Un de leurs rôles sera de simplifier ce qui revêt de la complexité. »

Freelance journalist. Doet van horen, zien en schrijven over o.a. HR en de arbeidsmarkt.

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